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onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de prendre la direction de la Normandie et de nous rendre
dans une station balnéaire qui a marqué son époque probablement
autant par son élégance que par son extravagance. Située à
moins de deux cents kilomètres de Paris, Deauville fut en effet à partir
de la fin du XIXème siècle le lieu de rendez-vous de la haute
société parisienne. Elle demeure aujourd'hui une magnifique ville normande
où charme et raffinement continuent de séduire les visiteurs qu'ils viennent
de Paris ou d'ailleurs.
Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information
déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe
en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
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Les bains de mer
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A l'aube du XIXème siècle, la mer est loin de susciter l'engouement, bien
au contraire. C'est un élément naturel jugé tout-à-fait hostile
et plutôt effrayant. L'exploitation de la Manche se limite à la pêche et
au ramassage du varech utilisé pour fertiliser les terres arables. Les maisons sont
par ailleurs toujours construites sur les hauteurs et en tout cas à une distance
prudente du littoral.
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La célèbre plage
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Mais cette perception va changer lorsque les médecins, s'inspirant d'un
phénomène venu tout droit d'Angleterre, vont prêter à
l'océan des vertus thérapeutiques et vanter auprès de leur
riche clientèle parisienne les mérites des bains de mer pourvu qu'elle
soit fraîche et saisissante pour le corps. A partir de 1824, la célèbre
duchesse du Barry fait partie des premières adeptes de cette extravagante
activité lorsque chaque année elle se rend à Dieppe pour se "jeter
à l'eau". La haute société parisienne fréquente désormais
assidument cette station balnéaire très tendance avec ses longues plages de
galets. L'attrait pour le bord de mer redouble d'intensité lorsqu'aristocrates et
riches bourgeois parisiens découvrent les plages de sable fin du littoral normand
et de Trouville-sur-Mer en particulier. La mode est définitivement lancée
et la physionomie du bord de mer va en être totalement métamorphosée.
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Le royaume de l'élégance
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En 1850, le Docteur Oliffe fait partie de ces notables privilégiés.
Médecin de l'ambassade d'Angleterre à Paris, il possède une
somptueuse villa à Trouville-sur-Mer. Un fleuve, la Touques, forme une
séparation naturelle entre cette cité balnéaire très en
vogue où il passe tous ses étés et un petit village insignifiant
de quatre-vingts âmes avec ses maisonnettes blotties autour de l'église
et ses marais immenses sur lesquels les animaux viennent paître paisiblement.
Seul un bac permet de franchir ce fleuve, isolant encore un peu plus le modeste
village : Deauville. Mais ce que le Docteur Oliffe admire surtout au-delà des
marais, c'est cette immense plage de sable fin qui s'étend à perte de vue
et le fait rêver. De retour à Paris, il fait part à un de ses amis,
le Duc de Morny, de cette vision paradisiaque et l'invite à l'accompagner lors
de son prochain voyage. C'est ainsi que, quelques semaines plus tard, se promenant à
Trouville, le visiteur est à son tour saisi par la beauté du site naturel
et totalement inexploité qui s'offre à son regard. Le Duc de Morny n'est
autre que le demi-frère de l'empereur Napoléon III et le président
du Corps Législatif du Second Empire. C'est par conséquent un personnage
très influent mais aussi un homme d'affaires très avisé. Et ils sont
désormais deux à rêver d'un avenir prestigieux pour cette plage
jusqu'alors ignorée de tous. Avec la contribution d'un ami banquier, Armand Donon,
les contours d'un projet audacieux pour ne pas dire totalement fou se dessinent :
les trois visionnaires vont bâtir à cet endroit un royaume, celui de
l'élégance.
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Recette nov 2009
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Roulé aux épinards et au saumon
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Une ville sortie du sable
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1860 : les trois amis rachètent les cent soixante hectares de marais
inexploités, pour ne pas dire inhospitaliers du village de Deauville.
Coût de la transaction : 800 000 Frs. Les travaux débutent et
très vite les difficultés s'enchaînent : Le terrain est
accidenté, les dunes nombreuses, les fondations difficiles à
constituer en raison de la friabilité du sol, sans compter la
complexité des travaux indispensables pour assécher cet immense
marais.
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La Place du Casino
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Mais ces obstacles ne découragent pas les entrepreneurs qui ont un plan
d'urbanisation bien précis en tête. A l'image de ce que le baron
Haussmann est en train de réaliser à Paris, le nouveau "Deauville"
du bord de mer sera bâti en damier avec des rues parallèles et
perpendiculaires au rivage. Le marais n'est encore qu'un vaste chantier lorsque
les premières villas sortent des sables. Les fondateurs se font en effet
bâtir de somptueuses demeures aux allures de château, parées
d'un luxe ostentatoire et disposant d'une vue et d'un accès direct sur la
mer. Ces manoirs ont une vocation promotionnelle, ils seront la vitrine de ce projet
fou et auront pour objectif d'encourager les plus fortunés à investir
dans cette ville en construction, futur lieu de rencontre du Tout-Paris.
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De véritables monuments au style éclectique
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Pari réussi ! Très vite les investisseurs se pressent pour
acquérir les parcelles les mieux exposées. L'inauguration de
la gare de chemin de fer permettant de relier Deauville à Paris en
quatre heures seulement, un véritable record à l'époque,
contribue largement à cet engouement. Il devient rapidement de bon ton
de se faire construire une villa à Deauville.
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Villa sur le Bld Eugene Cornuche
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Les rues ne portent encore pas de nom, on parle du quai longeant la plage, de la
première ou de la deuxième rue parallèle au quai, ou de la
première ou deuxième rue perpendiculaire au quai, mais qu'importe,
les achats de terrains s'accumulent et le succès dépasse les
espérances du duc de Morny et de ses amis. Plusieurs dizaines de villas
sortent de terre en trois ans à peine. Elles sont le reflet des goûts
des commanditaires : référence aux châteaux du XVIIème
pour les uns, architecture gothique anglaise pour certains, époque de la
Renaissance flamande ou italienne pour d'autres quand certains peut-être
plus excentriques encore s'amusent à donner à leur somptueux manoir
l'aspect rustique des chalets de montagne. De véritables monuments sortent
de terre. Le style est éclectique et pourtant tous répondent à
des règles d'urbanisme strictes dont une qui exige de laisser dix mètres
entre la villa et la promenade du front de mer afin de respecter une certaine harmonie.
La nature en décidera autrement quinze ans plus tard...
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Deauville, ville de plaisirs
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Dès lors,le Tout-Paris déferle à Deauville. On y vient en
quête d'un environnement propice à l'évasion et au dépaysement,
mais on y vient aussi pour voir et surtout être vu. On assiste aux courses, sur le
magnifique hippodrome inauguré par le duc de Morny, un passionné de chevaux,
on se promène pour admirer les magnifiques demeures du front de mer.
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Le Casino
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Le soir on se rend au théâtre. Quant au casino, il ne désemplit pas.
La plage est investie de fauteuils indispensables à la détente et de
cabines de bains dans lesquelles ces dames viennent se changer à l'abri des
regards indiscrets. Puis pour des raisons de bienséance mais aussi de
sécurité, c'est en carriole tirée par des chevaux qu'elles sont
amenées jusqu'à la mer. La baignade ne doit pas durer plus de quinze
minutes car malgré l'engouement naissant pour cette activité on se
méfie encore des effets de l'eau sur le corps. D'ailleurs, en cette fin du
XIXème, il y a suffisamment de loisirs à Deauville pour qu'un
"baigneur" digne de ce nom se garde bien de mettre un pied sur la plage. On dit
même que si la mer s'éloignait de Deauville, personne ne s'en apercevrait.
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"Le plus bel hôtel du monde" |
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La chute du second Empire en septembre 1870, la terrible crise économique qui
suit et la fermeture du casino en 1895 portent un terrible coup au développement
de la cité balnéaire qui se vide peu à peu de ses aristocrates. Le
maire de Deauville sait que seule l'ouverture d'un nouveau casino permettra à sa
ville de retrouver un second souffle. Il doit convaincre l'actuel directeur du casino
de Trouville, cité voisine et concurrente, Eugène Cornuché. Ce
dernier a pour sa part bien conscience de l'enjeu et il achète une partie des
terrains sur lesquels la construction d'un casino et d'un hôtel de luxe est
prévue. Un immense casino largement inspiré de l'architecture du Petit
Trianon de Versailles fera face à la mer tandis que l'hôtel construit
à côté et simultanément le sera dans la plus pure tradition
normande. Cet hôtel de luxe où les plus fortunés pourront se retrouver
en toute quiétude comportera trois cents chambres dotées chacune d'une grande
nouveauté : une salle de bain ! Les deux bâtiments seront reliés par un
tunnel. L'Hôtel Normandie est inauguré le 1er juillet 1912. Le Tout-Paris assiste
à l'événement car Eugène Cornuché est très connu, il
est le créateur de "Maxim's", ce restaurant parisien très chic où ses
clients se retrouvent lorsqu'ils ne sont pas à Deauville. Dans les journaux, on parle
ce jour là de l'inauguration du "plus bel hôtel du monde".
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Les planches de Deauville
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L'hiver 1875 fut marqué par une violente tempête qui charria un immense
banc de galets jusqu'aux villas de la Terrasse, éloignant virtuellement celles-ci
de plusieurs centaines de mètres du rivage. Désormais pour atteindre la mer
un chemin de planches fut aménagé face au casino et les cabines de bains
jusqu'alors alignées devant la Terrasse furent transférées à
l'extrémité de la jetée.
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Les Planches de Deauville
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Au lendemain de la première guerre mondiale, à la faveur de la
découverte de l'héliothérapie, les bains de mer furent
désormais associés à la notion de plaisir. Ce nouveau
comportement provoqua une baisse de fréquentation de l'établissement
des bains de Deauville. Un concours fut lancé en 1921 pour relancer cette
activité lucrative et pour remplacer les petits chalets en bois du front de
mer alors en ruine. C'est le projet de Charles Adda qui fut retenu. Le jeune architecte
séduit le jury par l'originalité de son programme architectural s'inspirant
des thermes de Pompéi : des installations modernes dont 250 cabines confortables
avec, comble du luxe, une alimentation en eau chaude et eau froide ! En 1923, des planches
en bois d'azobé, un bois originaire d'Afrique réputé pour sa
solidité et sa résistance, étaient aménagées le long de
ces cabines pour rendre la promenade sur la plage plus aisée. Les célèbres
planches de Deauville étaient nées !
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Invitation au voyage... |
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Impossible de décrire le royaume de l'élégance sans évoquer
la reine de l'élégance : Coco Chanel. Coco Chanel est une avant-gardiste
de génie : elle libéra le corps des femmes avec raffinement en imaginant
pour elles des vêtements qui leur permettaient enfin de bouger. Lorsqu'elle ouvre
sa boutique à Deauville, tout prêt de l'hôtel Normandie alors flambant
neuf son talent est déjà reconnu. Mais Deauville va marquer un tournant
dans sa carrière. Son succès est tel que la petite boutique de la rue
Gontaut-Biron ne désemplira pas. Si aujourd'hui une autre boutique a remplacé
celle de la célèbre couturière, si les congés payés ont
permis au plus grand nombre de fouler les planches et de découvrir le plaisir
d'être saisi par la fraîcheur de l'océan, Deauville n'a rien perdu de
son raffinement et de son élégance passés. Il est toujours aussi
plaisant de se promener et d'admirer les demeures du front de mer aux façades aussi
éclectiques que surprenantes ou au contraire de retrouver l'harmonie de celles
construites dans le style normand le plus pur et le plus charmant. Il est intéressant
de visiter la somptueuse villa Strassburger que le baron de Rothschild faillit ne pas acheter
en 1924 parce que son épouse regrettait que les fenêtres de sa chambre ne donnent
pas sur la mer et qui fut offerte à la ville en 1980 par son dernier propriétaire,
le fils du milliardaire américain Ralph Beaver Strassburger. Et puis les amateurs
peuvent toujours tenter leur chance aux courses hippiques ou au casino. Finalement, à
Deauville, tout est toujours possible !
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