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Dans ce numéro : |
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la caverne du Dragon sur le "Chemin des Dames" |

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Le chemin des Dames
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Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’une route au nom si évocateur puisse avoir été pendant
quatre ans le théâtre d’un tel drame.
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Une guerre de retard |
C’est certain, les Français vont écraser les allemands. Cette première victoire de la Marne
n’est-elle pas la preuve de leur suprématie ? Armés de baïonnettes,
l’arme noble par excellence
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Une forteresse imprenable |
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Sur ce chemin des dames, il est une ferme isolée comme tant d’autres dans la région,
la ferme d’Hurtebise. Quand on la voit aujourd’hui, aussi solide et paisible, nul ne peut s’imaginer
le cauchemar
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La caverne des dragons |
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Cette carrière est immense, cent cinquante mètres de long sur cent cinquante mètres
de large et plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Elle présente un inconvénient
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L’offensive Nivelle |
C’en est trop de cette guerre d’usure, il faut reprendre l’ascendant sur l’ennemi. Avril 1917,
le général Nivelle ordonne l’offensive, il faut reprendre possession du plateau
d’Hurtebise
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onjour!
ce mois de novembre 2008 marque le quatre-vingt dixième anniversaire de l’armistice de la
première guerre mondiale signé le 11 novembre 1918. Alors que la ligne de front
s’étendait de la Mer du Nord jusqu’à la Suisse, nous avons voulu à cette
occasion "zoomer" sur une zone de guerre longue d’à peine trente kilomètres, "le
Chemin des Dames", et braquer nos projecteurs sur un site en particulier, théâtre
de nombreux combats extrêmement meurtriers : le plateau d’Hurtebise et la Caverne du Dragon.
Nous sommes sur la route nationale 2 à environ vingt kilomètres au Nord-Est de Soissons
et un peu plus de cent kilomètres au nord de Paris.
Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information
déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe
en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
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L’oppresseur des peuples slaves
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28 juin 1914. L’archiduc François-Ferdinand, héritier de François-Joseph,
empereur de l’Autriche-Hongrie est en visite à Sarajevo quand soudain sur le trajet officiel un
étudiant Serbe, Gavrilo Prinzip, sort de la foule et tire. Des coups de feu retentissent.
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Plateau of Californie, France
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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L’archiduc et son épouse sont tués sur le coup. "L’oppresseur des peuples slaves"
est mort ! Dans un ultimatum adressé au gouvernement serbe, l’Autriche-Hongrie exige que
des policiers autrichiens participent aux investigations. La requête est refusée
et un mois plus tard l’Autriche déclare la guerre à la Serbie : la première
guerre mondiale est en marche. Justifier les hostilités à venir par cet événement
serait extrêmement réducteur. En réalité, l’assassinat de François-Ferdinand
est l’étincelle à l’origine d’une tragédie à laquelle tout le monde s’attendait
depuis le début du siècle tant les relations internationales étaient tendues. Ce serait
en effet sans compter sur la volonté des Allemands de se battre pour obtenir une part du gâteau
de l’empire colonial que se partagent à l’époque la France et l’Angleterre. Ce serait
négliger la volonté de cette dernière de lutter pour conserver son immense
prééminence commerciale. Ainsi, l’issue est inévitable, l’Allemagne rejoint son
alliée l’Autriche. La France et l’Angleterre vont quant à elles défendre leur
protégée, à savoir la Serbie.
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Une guerre pas comme les autres
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Cette liste des "bonnes" raisons de se faire la guerre est loin d’être exhaustive.
La France n’a pour sa part pas encore digéré l’humiliation infligée
par les Prusses en 1870, elle n’a pas oublié qu’elle avait dû concéder
l’Alsace et la Lorraine à l’ennemi. La plaie est encore ouverte et depuis plus de
trente ans les français n’ont qu’une idée en tête : prendre leur revanche
et récupérer le territoire perdu. Alors lorsque la mobilisation générale
est annoncée le 1er août 1914, les hommes sont prêts, presque enthousiastes à
l’idée d’écraser les Allemands et les Autrichiens. Et puis, l’état-major les
rassure, ce sera une guerre éclair, les hommes seront tous rentrés pour les moissons.
Les allemands aussi veulent en finir rapidement avec ce front ouest car leur objectif est d’attaquer
la Russie ensuite. Après avoir envahi la Belgique, territoire pourtant neutre, ils lancent une
grande offensive début septembre et arrivent à trente kilomètres au nord de Paris.
C’est alors que le général Foch réquisitionne des taxis pour envoyer des troupes
en renfort sur le terrain. On se souviendra de cette bataille comme "la bataille de la Marne", la
première victoire est sans appel et elle est française, les allemands reculent. Puis
ils stoppent leur retraite et se retranchent sur des positions défensives pour attendre
les français inaugurant ainsi une nouvelle forme de guerre : la guerre de position.
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Recette Novembre 2008
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Tartines pommes-chèvre
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Le chemin des Dames
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Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’une route au nom si évocateur puisse avoir
été pendant quatre ans le théâtre d’un tel drame. A l’origine,
c’est un chemin de crête que le roi Louis XV avait fait paver vers 1780 pour que ses
filles puissent rendre visite à leur gouvernante sans être trop secouées
dans leur carrosse. A l’aube de ce XXème siècle, la route serpente sur un plateau
plus ou moins étroit dominant la vallée de l’Aisne au sud et la vallée de
l’Ailette au nord sur une trentaine de kilomètres.
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Tranchées sur le 'Chemin des Dames'
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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C’est une route plutôt monotone pour ne pas dire triste et les quelques fermes
parsemées de-ci de-là parviennent à peine à animer le
paysage. La région vivait autrefois de la vigne, mais le "petit âge glaciaire"
du XIXème a rendu les vendanges aléatoires et la concurrence des vins de Midi
a mis fin à une activité autrefois lucrative. Elle est remplacée aujourd’hui
par la culture de la betterave sucrière dont les champs s’étendent à perte de
vue. Autre particularité qui marque lorsque l’on se déplace sur ce plateau est
l’impression d’un paysage extrêmement plat. Nul ne réalise véritablement à
quel point le relief est accidenté, et malheureusement c’est ce que vont découvrir à
leurs dépends les soldats français, appelés "les poilus".
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Une guerre de retard
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C’est certain, les Français vont écraser les allemands. Cette première
victoire de la Marne n’est-elle pas la preuve de leur suprématie ? Armés de baïonnettes,
l’arme noble par excellence,
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Soldat Français au Repos
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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celle avec laquelle un soldat digne de ce nom doit se battre, les fantassins français avancent.
L’uniforme est important aussi car il contribue à impressionner l’ennemi. Les soldats arborent
fièrement leur pantalon rouge et leurs vestes bleues dotées de boutons dorés.
Malheureusement les allemands ont déjà pris plusieurs longueurs d’avance. Ils ont compris
qu’il fallait préparer l’effet de surprise et, par conséquent, se faire le plus discret
possible. Pour cela, ils portent des uniformes de couleur sombre et neutre. Egalement, ils se
protègent mieux des éclats d’obus. Les casques français pèsent à
peine un kilogramme, les leurs près de trois kilos. Et puis les baïonnettes françaises
ont bien piètre figure face aux puissantes mitrailleuses allemandes et leurs quatre cents coups
par minute. Enfin, les soldats français veulent avancer, lutter au corps à corps comme ils
l’ont toujours fait, mais les allemands se camouflent dans des tranchées et à chaque fois
qu’un soldat français avance, avant même qu’il ait compris d’où venaient les tirs, il
s’effondre. Il faut se faire une raison, la guerre a changé de forme. L’état major
français finit par accepter que leurs soldats creusent eux aussi des tranchées pour se
protéger.
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Une forteresse imprenable
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Sur ce chemin des dames, il est une ferme isolée comme tant d’autres dans la région,
la ferme d’Hurtebise. Quand on la voit aujourd’hui, aussi solide et paisible, nul ne peut s’imaginer
le cauchemar
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La Ferme de Hurtebise
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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et l’angoisse des propriétaires et des ouvriers agricoles qui y vivaient en ce début
d’automne 1914. Qu’ont-ils pu faire, face à des dizaines de milliers de soldats se
battant sur le plateau ? Point de repère trop évident, elle est rapidement détruite
par les allemands qui ont pris possession de cet endroit stratégique. Car tout près
de là se trouve une carrière comme tant d’autres dans la région. A l’origine, ce sont
des carrières de calcaire qui servaient à la construction des demeures des environs.
Il y en a près de trois cents sur cette route, mais celle-ci présente un atout
considérable. Située dans la colline à quatre-vingt mètres d’altitude, elle offre
aux Allemands une visibilité sur la vallée et donc sur l’ennemi considérable. Ils
décident de s’y installer. Les soldats français doivent grimper une colline encombrée
d’arbres et de broussailles, la plupart du temps détrempée et boueuse, et lorsqu’ils
parviennent tant bien que mal en vue du sommet, ils sont systématiquement refoulés
par les tirs d’artillerie allemande. Mi-novembre, il faut bien se rendre à l’évidence,
la lutte est inégale et la caverne n’est rien d’autre qu’une forteresse imprenable.
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La caverne des dragons |
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Cette carrière est immense, cent cinquante mètres de long sur cent cinquante mètres
de large et plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Elle présente un inconvénient
toutefois, les trois sorties se présentent toutes du même côté, le
côté sud, là où se trouvent les Français. Ces sorties ont en effet
été aménagées à une époque où la carrière
était utilisée pour des raisons pacifiques. Difficile dans ce contexte de sortir ou de se
ravitailler. Les allemands décident donc de creuser un tunnel de deux cents mètres de long
pour se créer une issue de secours directement sur le plateau côté nord. Pendant
près de trois ans, ils seront environ six cents soldats allemands à vivre dans ce lieu
d’infortune. Il y fait douze degré en permanence, l’atmosphère est humide, vicié
par les groupes électrogènes qui permettent d’apporter l’électricité mais
qui s’avèrent extrêmement polluants. Un central téléphonique est mis en place,
des latrines, un puits est creusé pour amener l’eau indispensable à une vie qui s’organise
tant bien que mal. A compter de la mi-novembre et jusqu’au printemps 1917, la zone est considérée
comme relativement calme d’un point de vue purement militaire. Les ennemis se contenteront malgré
quelques combats sporadiques de s’espionner et d’attendre.
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L’offensive Nivelle
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C’en est trop de cette guerre d’usure, il faut reprendre l’ascendant sur l’ennemi. Avril 1917,
le général Nivelle ordonne l’offensive, il faut reprendre possession du plateau
d’Hurtebise. Mués par un dernier élan d’espoir,les fantassins partent à l’assaut,
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Cimetière de Seringes-et-Nesles
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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mais ils comprennent très vite que la stratégie des généraux les
amène à l’abattoir. Alors que les premières lignes de front tentent une
percée, les hommes tombent les uns après les autres et les rumeurs de massacres
se propagent sur les lignes arrière très rapidement. Les morts se comptent par
centaines de milliers. Après plusieurs mois de combats et de luttes désespérées,
les soldats français parviennent enfin le 25 juin à pénétrer dans la
caverne. Un mois plus tard les allemands contre-attaquent et en reprennent possession par le flanc
nord situé sur le plateau. Les occupants français reculent à l’intérieur
de la caverne. Seul un mur va séparer les étranges locataires qui vont cohabiter jusqu’au
repli allemand début novembre 1917. Pendant quelques mois, ils vont partager ce lieu d’infortune
et se contenter de s’espionner. A l’intérieur même de la caverne une zone de no-man'sland
est créée. Elle permet aux uns et aux autres de transporter leurs blessés. Durant
ces quelques mois, la caverne est le théâtre d’une mauvaise pièce surréaliste
où deux ennemis cohabitent et négocient des trêves pour se reposer tout simplement.
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Invitation au voyage... |
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L’offensive Nivelle d’avril 1917 fut un tel désastre que l’on ne connaît pas le nombre exact
de disparus. Il est toujours plus facile de commémorer les victoires comme le furent la bataille
de la Marne ou Verdun, il est toujours beaucoup plus difficile de se rappeler les défaites. Le
Chemin des Dames est une défaite et pourtant ces centaines de milliers d’hommes morts pour la
patrie n’ont pas démérité, ils ont juste été les victimes innocentes
d’une guerre impitoyable comme elles le sont toutes. Aujourd’hui le magnifique effort de mémoire
présenté par la "Caverne du dragon" m’a donné envie de vous faire partager, le temps
d’une lettre d’information, l’histoire d’un site que je vous recommande de visiter si vous avez
l’opportunité d’être à Paris ou dans la région. Ce Chemin des Dames n’a rien
d’une route touristique telle qu’on aime à les parcourir, mais elle est un lieu de mémoire
extraordinaire qui vaut le détour pour qui souhaite se souvenir et tenter de comprendre
l’incompréhensible. Non loin de là, je vous recommande également la visite d’un autre
site extrêmement émouvant et où une fois encore l’effort de mémoire est tel qu’il
mérite que l’on s’y attarde. Avril 1917, l’Amérique entre en guerre et deux millions de soldats
américains foulent le sol français et permettent la victoire finale. Plus de six mille d’entre
eux sont enterrés à Seringes-et-Nesles, un des plus grands cimetières américains
en France.
A l’aube du XXème siècle, des hommes se sont battus et sont morts pour un pays qui n’était
pas le leur. A l’aube du XXIème siècle, d’autres luttent à leur manière pour que
l’on n’oublie pas ces héros bien malgré eux. Je pense que la meilleure façon de leur rendre
aussi un véritable hommage est de prendre le temps de faire un détour par ces lieux de mémoire
que ces hommes et ces femmes d’aujourd’hui ont su préserver.
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