Novembre 2008
Dans ce numéro :
la caverne du Dragon sur le "Chemin des Dames"
Chemin des Dames, France
Le chemin des Dames
Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’une route au nom si évocateur puisse avoir été pendant quatre ans le théâtre d’un tel drame. . . .
Une guerre de retard
C’est certain, les Français vont écraser les allemands. Cette première victoire de la Marne n’est-elle pas la preuve de leur suprématie ? Armés de baïonnettes, l’arme noble par excellence . . .
Une forteresse imprenable

Sur ce chemin des dames, il est une ferme isolée comme tant d’autres dans la région, la ferme d’Hurtebise. Quand on la voit aujourd’hui, aussi solide et paisible, nul ne peut s’imaginer le cauchemar . . .

La caverne des dragons
Cette carrière est immense, cent cinquante mètres de long sur cent cinquante mètres de large et plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Elle présente un inconvénient . . .
L’offensive Nivelle
C’en est trop de cette guerre d’usure, il faut reprendre l’ascendant sur l’ennemi. Avril 1917, le général Nivelle ordonne l’offensive, il faut reprendre possession du plateau d’Hurtebise . . .
Dessin d'un Sergent, France

Chemin des Dames, France onjour!
ce mois de novembre 2008 marque le quatre-vingt dixième anniversaire de l’armistice de la première guerre mondiale signé le 11 novembre 1918. Alors que la ligne de front s’étendait de la Mer du Nord jusqu’à la Suisse, nous avons voulu à cette occasion "zoomer" sur une zone de guerre longue d’à peine trente kilomètres, "le Chemin des Dames", et braquer nos projecteurs sur un site en particulier, théâtre de nombreux combats extrêmement meurtriers : le plateau d’Hurtebise et la Caverne du Dragon. Nous sommes sur la route nationale 2 à environ vingt kilomètres au Nord-Est de Soissons et un peu plus de cent kilomètres au nord de Paris.

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L’oppresseur des peuples slaves
28 juin 1914. L’archiduc François-Ferdinand, héritier de François-Joseph, empereur de l’Autriche-Hongrie est en visite à Sarajevo quand soudain sur le trajet officiel un étudiant Serbe, Gavrilo Prinzip, sort de la foule et tire. Des coups de feu retentissent.
Plateau de Californie, Chemin des Dames, France
  Plateau of Californie, France
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
L’archiduc et son épouse sont tués sur le coup. "L’oppresseur des peuples slaves" est mort ! Dans un ultimatum adressé au gouvernement serbe, l’Autriche-Hongrie exige que des policiers autrichiens participent aux investigations. La requête est refusée et un mois plus tard l’Autriche déclare la guerre à la Serbie : la première guerre mondiale est en marche. Justifier les hostilités à venir par cet événement serait extrêmement réducteur. En réalité, l’assassinat de François-Ferdinand est l’étincelle à l’origine d’une tragédie à laquelle tout le monde s’attendait depuis le début du siècle tant les relations internationales étaient tendues. Ce serait en effet sans compter sur la volonté des Allemands de se battre pour obtenir une part du gâteau de l’empire colonial que se partagent à l’époque la France et l’Angleterre. Ce serait négliger la volonté de cette dernière de lutter pour conserver son immense prééminence commerciale. Ainsi, l’issue est inévitable, l’Allemagne rejoint son alliée l’Autriche. La France et l’Angleterre vont quant à elles défendre leur protégée, à savoir la Serbie.
Une guerre pas comme les autres

Cette liste des "bonnes" raisons de se faire la guerre est loin d’être exhaustive. La France n’a pour sa part pas encore digéré l’humiliation infligée par les Prusses en 1870, elle n’a pas oublié qu’elle avait dû concéder l’Alsace et la Lorraine à l’ennemi. La plaie est encore ouverte et depuis plus de trente ans les français n’ont qu’une idée en tête : prendre leur revanche et récupérer le territoire perdu. Alors lorsque la mobilisation générale est annoncée le 1er août 1914, les hommes sont prêts, presque enthousiastes à l’idée d’écraser les Allemands et les Autrichiens. Et puis, l’état-major les rassure, ce sera une guerre éclair, les hommes seront tous rentrés pour les moissons. Les allemands aussi veulent en finir rapidement avec ce front ouest car leur objectif est d’attaquer la Russie ensuite. Après avoir envahi la Belgique, territoire pourtant neutre, ils lancent une grande offensive début septembre et arrivent à trente kilomètres au nord de Paris. C’est alors que le général Foch réquisitionne des taxis pour envoyer des troupes en renfort sur le terrain. On se souviendra de cette bataille comme "la bataille de la Marne", la première victoire est sans appel et elle est française, les allemands reculent. Puis ils stoppent leur retraite et se retranchent sur des positions défensives pour attendre les français inaugurant ainsi une nouvelle forme de guerre : la guerre de position.

Chemin des Dames, France
Recette Novembre 2008  
Tartines pommes-chèvre
En quelques minutes...
Temps de préparation et cuisson : 20 minutes
Pour 4 personnes
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Chemin des Dames, France L'histoire de France Monthly
Le chemin des Dames
  Difficile aujourd’hui d’imaginer qu’une route au nom si évocateur puisse avoir été pendant quatre ans le théâtre d’un tel drame. A l’origine, c’est un chemin de crête que le roi Louis XV avait fait paver vers 1780 pour que ses filles puissent rendre visite à leur gouvernante sans être trop secouées dans leur carrosse. A l’aube de ce XXème siècle, la route serpente sur un plateau plus ou moins étroit dominant la vallée de l’Aisne au sud et la vallée de l’Ailette au nord sur une trentaine de kilomètres.
Tranchées sur le 'Chemin des Dames', France
Tranchées sur le 'Chemin des Dames'
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C’est une route plutôt monotone pour ne pas dire triste et les quelques fermes parsemées de-ci de-là parviennent à peine à animer le paysage. La région vivait autrefois de la vigne, mais le "petit âge glaciaire" du XIXème a rendu les vendanges aléatoires et la concurrence des vins de Midi a mis fin à une activité autrefois lucrative. Elle est remplacée aujourd’hui par la culture de la betterave sucrière dont les champs s’étendent à perte de vue. Autre particularité qui marque lorsque l’on se déplace sur ce plateau est l’impression d’un paysage extrêmement plat. Nul ne réalise véritablement à quel point le relief est accidenté, et malheureusement c’est ce que vont découvrir à leurs dépends les soldats français, appelés "les poilus".
 
 
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Une guerre de retard
 
  C’est certain, les Français vont écraser les allemands. Cette première victoire de la Marne n’est-elle pas la preuve de leur suprématie ? Armés de baïonnettes, l’arme noble par excellence,
Soldat Français, Chemin des Dames, France
Soldat Français au Repos
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celle avec laquelle un soldat digne de ce nom doit se battre, les fantassins français avancent. L’uniforme est important aussi car il contribue à impressionner l’ennemi. Les soldats arborent fièrement leur pantalon rouge et leurs vestes bleues dotées de boutons dorés. Malheureusement les allemands ont déjà pris plusieurs longueurs d’avance. Ils ont compris qu’il fallait préparer l’effet de surprise et, par conséquent, se faire le plus discret possible. Pour cela, ils portent des uniformes de couleur sombre et neutre. Egalement, ils se protègent mieux des éclats d’obus. Les casques français pèsent à peine un kilogramme, les leurs près de trois kilos. Et puis les baïonnettes françaises ont bien piètre figure face aux puissantes mitrailleuses allemandes et leurs quatre cents coups par minute. Enfin, les soldats français veulent avancer, lutter au corps à corps comme ils l’ont toujours fait, mais les allemands se camouflent dans des tranchées et à chaque fois qu’un soldat français avance, avant même qu’il ait compris d’où venaient les tirs, il s’effondre. Il faut se faire une raison, la guerre a changé de forme. L’état major français finit par accepter que leurs soldats creusent eux aussi des tranchées pour se protéger.
 
 
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Une forteresse imprenable
 
  Sur ce chemin des dames, il est une ferme isolée comme tant d’autres dans la région, la ferme d’Hurtebise. Quand on la voit aujourd’hui, aussi solide et paisible, nul ne peut s’imaginer le cauchemar
La Ferme de Hurtebise, Chemin des Dames, France
La Ferme de Hurtebise
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
et l’angoisse des propriétaires et des ouvriers agricoles qui y vivaient en ce début d’automne 1914. Qu’ont-ils pu faire, face à des dizaines de milliers de soldats se battant sur le plateau ? Point de repère trop évident, elle est rapidement détruite par les allemands qui ont pris possession de cet endroit stratégique. Car tout près de là se trouve une carrière comme tant d’autres dans la région. A l’origine, ce sont des carrières de calcaire qui servaient à la construction des demeures des environs. Il y en a près de trois cents sur cette route, mais celle-ci présente un atout considérable. Située dans la colline à quatre-vingt mètres d’altitude, elle offre aux Allemands une visibilité sur la vallée et donc sur l’ennemi considérable. Ils décident de s’y installer. Les soldats français doivent grimper une colline encombrée d’arbres et de broussailles, la plupart du temps détrempée et boueuse, et lorsqu’ils parviennent tant bien que mal en vue du sommet, ils sont systématiquement refoulés par les tirs d’artillerie allemande. Mi-novembre, il faut bien se rendre à l’évidence, la lutte est inégale et la caverne n’est rien d’autre qu’une forteresse imprenable.
 
 
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  La caverne des dragons  
  Cette carrière est immense, cent cinquante mètres de long sur cent cinquante mètres de large et plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Elle présente un inconvénient toutefois, les trois sorties se présentent toutes du même côté, le côté sud, là où se trouvent les Français. Ces sorties ont en effet été aménagées à une époque où la carrière était utilisée pour des raisons pacifiques. Difficile dans ce contexte de sortir ou de se ravitailler. Les allemands décident donc de creuser un tunnel de deux cents mètres de long pour se créer une issue de secours directement sur le plateau côté nord. Pendant près de trois ans, ils seront environ six cents soldats allemands à vivre dans ce lieu d’infortune. Il y fait douze degré en permanence, l’atmosphère est humide, vicié par les groupes électrogènes qui permettent d’apporter l’électricité mais qui s’avèrent extrêmement polluants. Un central téléphonique est mis en place, des latrines, un puits est creusé pour amener l’eau indispensable à une vie qui s’organise tant bien que mal. A compter de la mi-novembre et jusqu’au printemps 1917, la zone est considérée comme relativement calme d’un point de vue purement militaire. Les ennemis se contenteront malgré quelques combats sporadiques de s’espionner et d’attendre.
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  L’offensive Nivelle  
  C’en est trop de cette guerre d’usure, il faut reprendre l’ascendant sur l’ennemi. Avril 1917, le général Nivelle ordonne l’offensive, il faut reprendre possession du plateau d’Hurtebise. Mués par un dernier élan d’espoir,les fantassins partent à l’assaut,
Cimetière de Seringes-et-Nesles, France
Cimetière de Seringes-et-Nesles
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mais ils comprennent très vite que la stratégie des généraux les amène à l’abattoir. Alors que les premières lignes de front tentent une percée, les hommes tombent les uns après les autres et les rumeurs de massacres se propagent sur les lignes arrière très rapidement. Les morts se comptent par centaines de milliers. Après plusieurs mois de combats et de luttes désespérées, les soldats français parviennent enfin le 25 juin à pénétrer dans la caverne. Un mois plus tard les allemands contre-attaquent et en reprennent possession par le flanc nord situé sur le plateau. Les occupants français reculent à l’intérieur de la caverne. Seul un mur va séparer les étranges locataires qui vont cohabiter jusqu’au repli allemand début novembre 1917. Pendant quelques mois, ils vont partager ce lieu d’infortune et se contenter de s’espionner. A l’intérieur même de la caverne une zone de no-man'sland est créée. Elle permet aux uns et aux autres de transporter leurs blessés. Durant ces quelques mois, la caverne est le théâtre d’une mauvaise pièce surréaliste où deux ennemis cohabitent et négocient des trêves pour se reposer tout simplement.
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  Invitation au voyage...  
  L’offensive Nivelle d’avril 1917 fut un tel désastre que l’on ne connaît pas le nombre exact de disparus. Il est toujours plus facile de commémorer les victoires comme le furent la bataille de la Marne ou Verdun, il est toujours beaucoup plus difficile de se rappeler les défaites. Le Chemin des Dames est une défaite et pourtant ces centaines de milliers d’hommes morts pour la patrie n’ont pas démérité, ils ont juste été les victimes innocentes d’une guerre impitoyable comme elles le sont toutes. Aujourd’hui le magnifique effort de mémoire présenté par la "Caverne du dragon" m’a donné envie de vous faire partager, le temps d’une lettre d’information, l’histoire d’un site que je vous recommande de visiter si vous avez l’opportunité d’être à Paris ou dans la région. Ce Chemin des Dames n’a rien d’une route touristique telle qu’on aime à les parcourir, mais elle est un lieu de mémoire extraordinaire qui vaut le détour pour qui souhaite se souvenir et tenter de comprendre l’incompréhensible. Non loin de là, je vous recommande également la visite d’un autre site extrêmement émouvant et où une fois encore l’effort de mémoire est tel qu’il mérite que l’on s’y attarde. Avril 1917, l’Amérique entre en guerre et deux millions de soldats américains foulent le sol français et permettent la victoire finale. Plus de six mille d’entre eux sont enterrés à Seringes-et-Nesles, un des plus grands cimetières américains en France. A l’aube du XXème siècle, des hommes se sont battus et sont morts pour un pays qui n’était pas le leur. A l’aube du XXIème siècle, d’autres luttent à leur manière pour que l’on n’oublie pas ces héros bien malgré eux. Je pense que la meilleure façon de leur rendre aussi un véritable hommage est de prendre le temps de faire un détour par ces lieux de mémoire que ces hommes et ces femmes d’aujourd’hui ont su préserver.


 
 
 
 
 
Chemin des Dames, France

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