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onjour!
Bonjour, ce mois-ci nous avons souhaité dédier notre newsletter à une île
charmante au nom évocateur : Belle-Ile. Située à quinze kilomètres au
large de Quiberon, la plus grande île de Bretagne, bien connue des plaisanciers, réserve
bon nombre d’agréables surprises à celui qui fait l’effort d’aller à sa rencontre.
Le petit port bordé de maisons aux façades colorées, la côte sauvage aux
contours déchiquetés par le vent, et l’imposante citadelle vous attendent pour une
promenade inoubliable.
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Une île si paisible
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Il y a fort longtemps, plusieurs milliers d’années, le niveau de la mer
était bien plus bas que de nos jours. A la fin de la dernière période
glaciaire, il y a neuf mille ans environ, le climat se radoucit considérablement,
provoquant la montée des eaux et l’affaissement du rivage sud armoricain.
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Belle-Ile, une île charmante
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Les terres totalement immergées firent alors place à un bras de mer large de
quinze kilomètres séparant désormais quatre îles du continent,
les îles vénétiques, qui deviendront plus tard Groix, Houat, Hoëdic et
Belle-Ile. La dernière, beaucoup plus grande que ses cousines voisines, avec ses dix
huit kilomètres de long et neuf kilomètres de large émergeant à
cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer, allait être très
convoitée, dès son apparition, pour un véritable trésor que
l’on pouvait y trouver en abondance, son eau douce. Cette ressource naturelle exceptionnelle,
la richesse des terres et la proximité avec le continent allaient faire de Belle-Ile la
proie d’envahisseurs venus de tous horizons. Comment les plaisanciers venant jeter l’ancre au
pied des remparts de l’imposante citadelle ou simplement les visiteurs qui se promènent
dans les calmes ruelles pourraient-il imaginer qu’au fil des siècles, cette île si
paisible, au charme si particulier, fut le théâtre de luttes et de combats sans
merci et qu’aucune souffrance ne lui fut épargnée ?
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Sauve qui peut !
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Les romains s’emparent de l’île en 56 avant Jésus-Christ et s’y installent
pendant quatre cents ans. Les saxons les délogent au IIIème siècle,
puis vient le tour des armoricains et des bretons venus de Grande-Bretagne ; on est alors
au début du Vème siècle. Les Francs, un siècle plus tard,
l’envahiront. Les Normands entre 905 et 910 viennent à leur tour piller et saccager
Vindilis (Belle-Ile). La position stratégique de l’île en fait une prise
très convoitée et finalement simple à s’approprier car peu protégée.
Aucun répit ne lui est accordé, elle doit sans cesse se défendre, enterrer
ses morts, reconstruire au gré des destructions qui se succèdent. Et puis il y a
cette richesse qui devient rapidement une autre source d’ennui : l’eau douce. Le trafic maritime
est dense, de nombreux bateaux à voiles circulent à proximité de l’île;
les manœuvres de ces navires nécessitent beaucoup d’hommes qu’il faut nourrir et
désaltérer. Malheureusement la plupart du temps qu’ils soient anglais,
espagnols ou hollandais, les marins viennent se servir en véritables goujats,
sans nul remerciement. Tout au long de ces siècles mouvementés, un autre
fléau ne cessera de hanter les nuits comme les jours des habitants de l’île :
les pirates. En 1454, face à l’ampleur de leurs constantes exactions, le pape
Nicolas V en vient à édicter une bulle dans laquelle il n’hésite pas à
excommunier les vandales. Malheureusement, la menace n’atteint guère ces hommes qui ne
craignent pas les feux de l’enfer. En 1536, le roi François 1er auquel pourtant le courage ne
manquait pas, avoua lui-même son impuissance en donnant l’ordre d’évacuer purement
et simplement l’île en cas d’invasion.
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Recette novembre 2007
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Gâteau Breton à la confiture d'abricots
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Une vie meilleure
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Les ducs de Bretagne qui se succèdent n’ont pas vraiment d’autorité sur cette île.
En effet, placée sous l’autorité papale, elle appartient aux moines bénédictins.
Installés depuis le XIème siècle, ils y avaient construit un modeste fort et tout
en enrichissant l’île, ils la défendirent tant bien que mal.
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Belle-Ile, Vue aérienne du Palais
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Mais le temps passant, leur impuissance à défendre le site grandit.
Henri II faisant le choix inverse de François 1er, son père, décida
de lutter contre l’ennemi, de reprendre la main et d’édifier un fortin
carré en 1549. Quelques années plus tard, il nomma un capitaine
chargé avec cent vingt hommes de défendre la fortification. Un quart
de siècle plus tard, Charles IX, réduisant encore un peu plus le pouvoir
des religieux, édifia le site en marquisat. Il choisit un compagnon d’enfance,
le marquis Albert de Gondi, pour assurer la protection de son île. Sous les Gondi,
la situation des Bellilois s’améliora considérablement : les privilèges
qui leur avaient été accordés sous François 1er pour les aider à
surmonter l’adversité furent prolongés. Ainsi, l’exemption des impôts royaux,
l’obtention de franchises et l’immunité perdura. De nombreuses familles d’artisans, de
pêcheurs et d’agriculteurs vinrent alors s’y installer. Des armes leurs furent même
remises pour participer à la défense de l’île, à laquelle ils
contribuèrent également en construisant le donjon et les remparts encerclant
le château.
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Un cousin encombrant
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Henri est le troisième marquis de Gondi ; il vit à Paris, mais se rend
fréquemment à Belle-Ile dont il a la charge et qu’il affectionne particulièrement.
Il mène grande vie au palais et y organise de somptueuses réceptions.
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Belle-Ile, la Pointe des Poulains
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Soucieux de rester dans les bonnes grâces du roi, il ne peut pourtant que
regretter l’existence d’un cousin quelque peu encombrant : le Cardinal de Retz,
ennemi juré du tout puissant Cardinal Mazarin qui le fait arrêter et
emprisonner au Château de Vincennes puis dans celui de Nantes. A l’aide d’un
complice qui l’attend avec un cheval, Le prisonnier parvient à s’échapper
et s’enfuit au galop. Mais dans cette course folle vers la liberté, il tombe et
se fracture l’épaule. Blessé, il arrive tant bien que mal sur l’île et
supplie son cher cousin de lui accorder l’asile. Bien embarrassé, le marquis ne
trouve toutefois pas le courage de chasser le fugitif. Lui accorder l’hospitalité
au château étant imprudent, on le cache au presbytère de Bangor non
loin de là. Mais bientôt le convalescent doit s’échapper à
nouveau car Mazarin a vent de son refuge; il embarque alors discrètement dans une
chaloupe de pécheurs en partance pour l’Espagne pour y livrer leurs sardines. La
légende raconte qu’arrivés au Pays Basque, les pêcheurs eurent pitié
du pauvre cardinal et après avoir vendu leurs poissons lui glissèrent quelques
pièces de monnaie. Henri de Gondi dut, par ordre du roi, vendre son île au
"Ministre des Finances" de l’époque, Nicolas Fouquet qui devient ainsi le
cinquième marquis de Belle-Ile.
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"Crime contre la sûreté de l’Etat"
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Depuis février 1653, Nicolas Fouquet est devenu, en effet,
le Surintendant des Finances de Louis XIV. Personnage très
puissant à la cour, il est également très riche.
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Nicolas Fouquet, Marquis de Belle-Ile
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La même année, il fait l’acquisition du château de Vaux le Vicomte
qu’il fait aménager à grand frais avec l’aide d’architectes et paysagistes
de renom : le Vau, le Brun et le Nôtre. Alors s’endetter sur ordre du roi pour
améliorer le port de Belle-Ile dont il n’a cure, ne l’enchante pas vraiment.
Néanmoins, il comprend rapidement la position stratégique de l’île et
les bénéfices que pourrait lui procurer un commerce maritime fructueux avec
les Amériques. Habilement, il s’attelle donc à la tâche, fait aménager
le port et poursuivre les travaux du fort. Ceci ne l’empêche pas de mener grand train de
vie à Vaux le Vicomte. Il y entretient une petite cour d’artistes célèbres
comme Molière, La Fontaine et Madame de Sévigné ; il y organise des fêtes
charmantes. Celle du 17 août 1661 lui sera pourtant fatale. Il offre au souverain une
réception si somptueuse que le Roi Soleil, s’en offusque. Déjà très
jalousé, le surintendant devient suspect et a désormais le roi comme ennemi
redoutable. Son destin est désormais scellé, sa disgrâce inéluctable.
Arrêté sous le prétexte d’avoir entrepris les travaux de Belle-Ile, non pas
pour défendre le site mais pour préparer son propre refuge en cas de problème,
il est condamné pour "crime contre la sûreté de l’Etat". Nicolas Fouquet aura
été trois ans Marquis de Belle-Ile sans jamais y avoir accosté et poser un pied !
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L’afféagement ou le partage des terres |
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A des milliers de kilomètres de Belle-Ile, dans le nord de l’Amérique vivaient
des hommes et des femmes fort attachés à leurs origines françaises... les Acadiens.
En 1763, l’issue d’un nouveau conflit entre l’Angleterre et la France est sans appel. Vaincus,
les Français doivent céder la plupart de leurs colonies américaines et leurs
comptoirs en Inde. Les Acadiens qui n’ont eu de cesse de jurer fidélité au roi
de France, sont purement et simplement chassés d’une terre qu’ils habitaient
depuis près de deux siècles. Après deux ans d’invasion anglaise,
Belle-Ile pour sa part a été dévastée et a besoin de main d’œuvre.
Elle propose d’accueillir un certain nombre de ces cousins d’Amérique. En juin 1766,
soixante-dix huit familles acadiennes débarquent. Quelques arpents de terre, des outils,
des animaux et des matériaux pour construire leur maison leur sont remis. En échange,
ils s’engagent à cultiver les terres ainsi offertes pendant au moins dix années.
Malgré quelques oppositions, l’intégration des Acadiens se fit d’autant facilement
que ce partage un peu particulier concerna tous les colons de l’île, Acadiens et Bellilois.
De plus, la religion et la langue communes facilitant les contacts, il ne fallut pas très
longtemps à ses familles pour se fondre dans la population locale et s’intégrer
parfaitement. Aujourd’hui tous les Le Blanc, Granger, Richard, Landry, Mauser d’Amérique
ou du Canada savent qu’ils ont des cousins à Belle-Ile en mer !
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Des paparazzis à la Belle Epoque
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Eté 1894, Sarah Bernhardt, une célèbre actrice vient passer la journée
à Belle-Ile avec ses amis. Au cours de sa promenade sur la côte magnifique et sauvage
la tragédienne découvre, à la Pointe des Poulains, une demeure aux allures
médiévales, un fortin militaire du Second Empire.
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La villa de Sarah Bernhardt à Belle Ile
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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C’est le coup de foudre, elle décide de l’acheter ! Ses amis pensent qu’il s’agit
probablement d’un des nouveaux caprices. Sarah Bernhardt n’est pas vraiment belle. sa maigreur
et sa silhouette androgyne lui ont d’ailleurs valu quelques quolibets par le passé, mais
son immense talent a fait d’elle une tragédienne de renommée mondiale. Ses amis
connaissent bien le personnage haut en couleur, fantasque et excentrique, et la savent bien
capable d’acquérir une demeure sur un simple coup de tête, mais tout de même...
Pour sa part, l’actrice voit en cet endroit si romantique le lieu idéal pour recevoir ses
amis et s’éloigner des turpitudes de la vie d’artiste. Mais Sarah Bernhardt est aussi une
femme moderne, elle aime se servir des journalistes de l’époque pour entretenir son image.
C’est ainsi que pendant près de trente ans, chaque été, elle viendra chercher
refuge sur cette île du bout du monde, suivie d’une cohorte d’amis, d’admirateurs mais aussi
de "paparazzis". Derrière les strass et les paillettes, Sarah Bernhardt est aussi une
femme sensible. Elle profitera de sa notoriété pour alerter la presse à chaque
fois que la population de Belle-Ile aura besoin d’aide.
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Invitation au voyage... |
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Le fortin a malheureusement été détruit par les allemands à
la fin de la guerre mais la côte déchiquetée n’en demeure pas moins
magnifique et les pécheurs bellilois conservent vivace le souvenir de leur
bienfaitrice. Un autre artiste avait été séduit par le site, avant
même la célèbre actrice, Claude Monet. En effet, le peintre se rendit
sur l’île en 1886 afin d’immortaliser, avec ses pinceaux, cette côte
qualifiée à juste titre de "sauvage". Il paraît que, pendant les
deux mois que dura son séjour, il ne décoléra pas tant le temps fut
redoutable. Bourrasques, pluies et tempêtes furent quasiment son lot quotidien. Il
dut faire appel à un homme à tout faire de l’île, Hyppolite Guillaume,
pour lui tenir son chevalet tandis qu’il peignait. De toute évidence, il fut
séduit par l’endroit car, malgré les mauvaises conditions météorologiques,
il ne renonça pas et peignit une quarantaine de tableaux, il fit également le portrait
de son aide, le désormais très célèbre portrait de Poly. Aujourd’hui
encore, nul ne peut résister au charme pittoresque de Belle-Ile. N’hésitez pas, si
vous vous trouvez dans la région... prenez le temps de monter à bord d’un de ces
bateaux qui assurent la navette entre Quiberon et Belle-Ile et partez à la découverte
de cette île fort pittoresque. En ce qui nous concerne, nous avons déjà pris
date pour notre prochain retour à Belle-Ile, car il nous faut, sans conteste, vous conter
l’histoire du site emblématique de l’île, la citadelle Vauban.
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