Nov 2007
Dans ce numéro :
Belle-Ile, une île charmante et paisible
Belle-Ile, une île charmante, France
Une vie meilleure
Les ducs de Bretagne qui se succèdent n’ont pas vraiment d’autorité sur cette île. En effet, placée sous l’autorité papale . . .
Un cousin encombrant
Henri est le troisième marquis de Gondi ; il vit à Paris, mais se rend fréquemment à Belle-Ile dont il a la charge . . .
"Crime contre la sûreté de l’Etat"

Depuis février 1653, Nicolas Fouquet est devenu, en effet, le Surintendant des Finances de Louis XIV. Personnage très puissant à la cour . . .

L’afféagement ou le partage des terres
A des milliers de kilomètres de Belle-Ile, dans le nord de l’Amérique vivaient des hommes et des femmes fort attachés à leurs origines françaises . . .
Des paparazzis à la Belle Epoque
Eté 1894, Sarah Bernhardt, une célèbre actrice vient passer la journée à Belle-Ile avec ses amis . . .
Belle-Ile, le port de Souzon

Belle-Ile, une île charmante, France onjour!
Bonjour, ce mois-ci nous avons souhaité dédier notre newsletter à une île charmante au nom évocateur : Belle-Ile. Située à quinze kilomètres au large de Quiberon, la plus grande île de Bretagne, bien connue des plaisanciers, réserve bon nombre d’agréables surprises à celui qui fait l’effort d’aller à sa rencontre. Le petit port bordé de maisons aux façades colorées, la côte sauvage aux contours déchiquetés par le vent, et l’imposante citadelle vous attendent pour une promenade inoubliable.
Une île si paisible
Il y a fort longtemps, plusieurs milliers d’années, le niveau de la mer était bien plus bas que de nos jours. A la fin de la dernière période glaciaire, il y a neuf mille ans environ, le climat se radoucit considérablement, provoquant la montée des eaux et l’affaissement du rivage sud armoricain.
Belle-Ile, une île charmante, France
  Belle-Ile, une île charmante
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Les terres totalement immergées firent alors place à un bras de mer large de quinze kilomètres séparant désormais quatre îles du continent, les îles vénétiques, qui deviendront plus tard Groix, Houat, Hoëdic et Belle-Ile. La dernière, beaucoup plus grande que ses cousines voisines, avec ses dix huit kilomètres de long et neuf kilomètres de large émergeant à cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer, allait être très convoitée, dès son apparition, pour un véritable trésor que l’on pouvait y trouver en abondance, son eau douce. Cette ressource naturelle exceptionnelle, la richesse des terres et la proximité avec le continent allaient faire de Belle-Ile la proie d’envahisseurs venus de tous horizons. Comment les plaisanciers venant jeter l’ancre au pied des remparts de l’imposante citadelle ou simplement les visiteurs qui se promènent dans les calmes ruelles pourraient-il imaginer qu’au fil des siècles, cette île si paisible, au charme si particulier, fut le théâtre de luttes et de combats sans merci et qu’aucune souffrance ne lui fut épargnée ?
Sauve qui peut !

Les romains s’emparent de l’île en 56 avant Jésus-Christ et s’y installent pendant quatre cents ans. Les saxons les délogent au IIIème siècle, puis vient le tour des armoricains et des bretons venus de Grande-Bretagne ; on est alors au début du Vème siècle. Les Francs, un siècle plus tard, l’envahiront. Les Normands entre 905 et 910 viennent à leur tour piller et saccager Vindilis (Belle-Ile). La position stratégique de l’île en fait une prise très convoitée et finalement simple à s’approprier car peu protégée. Aucun répit ne lui est accordé, elle doit sans cesse se défendre, enterrer ses morts, reconstruire au gré des destructions qui se succèdent. Et puis il y a cette richesse qui devient rapidement une autre source d’ennui : l’eau douce. Le trafic maritime est dense, de nombreux bateaux à voiles circulent à proximité de l’île; les manœuvres de ces navires nécessitent beaucoup d’hommes qu’il faut nourrir et désaltérer. Malheureusement la plupart du temps qu’ils soient anglais, espagnols ou hollandais, les marins viennent se servir en véritables goujats, sans nul remerciement. Tout au long de ces siècles mouvementés, un autre fléau ne cessera de hanter les nuits comme les jours des habitants de l’île : les pirates. En 1454, face à l’ampleur de leurs constantes exactions, le pape Nicolas V en vient à édicter une bulle dans laquelle il n’hésite pas à excommunier les vandales. Malheureusement, la menace n’atteint guère ces hommes qui ne craignent pas les feux de l’enfer. En 1536, le roi François 1er auquel pourtant le courage ne manquait pas, avoua lui-même son impuissance en donnant l’ordre d’évacuer purement et simplement l’île en cas d’invasion.

Belle-Ile, une île charmante, France
Recette novembre 2007  
Gâteau Breton à la confiture d'abricots
Comme un souvenir de Bretagne...
Temps de préparation et cuisson : 55 minutes
Pour 6 personnes
Cliquez ici pour lire la recette du gâteau breton en anglais.
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Une vie meilleure
  Les ducs de Bretagne qui se succèdent n’ont pas vraiment d’autorité sur cette île. En effet, placée sous l’autorité papale, elle appartient aux moines bénédictins. Installés depuis le XIème siècle, ils y avaient construit un modeste fort et tout en enrichissant l’île, ils la défendirent tant bien que mal.
Belle-Ile, Vue aérienne du Palais, France
Belle-Ile, Vue aérienne du Palais
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Mais le temps passant, leur impuissance à défendre le site grandit. Henri II faisant le choix inverse de François 1er, son père, décida de lutter contre l’ennemi, de reprendre la main et d’édifier un fortin carré en 1549. Quelques années plus tard, il nomma un capitaine chargé avec cent vingt hommes de défendre la fortification. Un quart de siècle plus tard, Charles IX, réduisant encore un peu plus le pouvoir des religieux, édifia le site en marquisat. Il choisit un compagnon d’enfance, le marquis Albert de Gondi, pour assurer la protection de son île. Sous les Gondi, la situation des Bellilois s’améliora considérablement : les privilèges qui leur avaient été accordés sous François 1er pour les aider à surmonter l’adversité furent prolongés. Ainsi, l’exemption des impôts royaux, l’obtention de franchises et l’immunité perdura. De nombreuses familles d’artisans, de pêcheurs et d’agriculteurs vinrent alors s’y installer. Des armes leurs furent même remises pour participer à la défense de l’île, à laquelle ils contribuèrent également en construisant le donjon et les remparts encerclant le château.
 
 
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Un cousin encombrant
 
  Henri est le troisième marquis de Gondi ; il vit à Paris, mais se rend fréquemment à Belle-Ile dont il a la charge et qu’il affectionne particulièrement. Il mène grande vie au palais et y organise de somptueuses réceptions.
Belle-Ile, la Pointe des Poulains
Belle-Ile, la Pointe des Poulains
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Soucieux de rester dans les bonnes grâces du roi, il ne peut pourtant que regretter l’existence d’un cousin quelque peu encombrant : le Cardinal de Retz, ennemi juré du tout puissant Cardinal Mazarin qui le fait arrêter et emprisonner au Château de Vincennes puis dans celui de Nantes. A l’aide d’un complice qui l’attend avec un cheval, Le prisonnier parvient à s’échapper et s’enfuit au galop. Mais dans cette course folle vers la liberté, il tombe et se fracture l’épaule. Blessé, il arrive tant bien que mal sur l’île et supplie son cher cousin de lui accorder l’asile. Bien embarrassé, le marquis ne trouve toutefois pas le courage de chasser le fugitif. Lui accorder l’hospitalité au château étant imprudent, on le cache au presbytère de Bangor non loin de là. Mais bientôt le convalescent doit s’échapper à nouveau car Mazarin a vent de son refuge; il embarque alors discrètement dans une chaloupe de pécheurs en partance pour l’Espagne pour y livrer leurs sardines. La légende raconte qu’arrivés au Pays Basque, les pêcheurs eurent pitié du pauvre cardinal et après avoir vendu leurs poissons lui glissèrent quelques pièces de monnaie. Henri de Gondi dut, par ordre du roi, vendre son île au "Ministre des Finances" de l’époque, Nicolas Fouquet qui devient ainsi le cinquième marquis de Belle-Ile.
 
 
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"Crime contre la sûreté de l’Etat"
 
  Depuis février 1653, Nicolas Fouquet est devenu, en effet, le Surintendant des Finances de Louis XIV. Personnage très puissant à la cour, il est également très riche.
Nicolas Fouquet, Marquis de Belle-Ile, France
Nicolas Fouquet, Marquis de Belle-Ile
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La même année, il fait l’acquisition du château de Vaux le Vicomte qu’il fait aménager à grand frais avec l’aide d’architectes et paysagistes de renom : le Vau, le Brun et le Nôtre. Alors s’endetter sur ordre du roi pour améliorer le port de Belle-Ile dont il n’a cure, ne l’enchante pas vraiment. Néanmoins, il comprend rapidement la position stratégique de l’île et les bénéfices que pourrait lui procurer un commerce maritime fructueux avec les Amériques. Habilement, il s’attelle donc à la tâche, fait aménager le port et poursuivre les travaux du fort. Ceci ne l’empêche pas de mener grand train de vie à Vaux le Vicomte. Il y entretient une petite cour d’artistes célèbres comme Molière, La Fontaine et Madame de Sévigné ; il y organise des fêtes charmantes. Celle du 17 août 1661 lui sera pourtant fatale. Il offre au souverain une réception si somptueuse que le Roi Soleil, s’en offusque. Déjà très jalousé, le surintendant devient suspect et a désormais le roi comme ennemi redoutable. Son destin est désormais scellé, sa disgrâce inéluctable. Arrêté sous le prétexte d’avoir entrepris les travaux de Belle-Ile, non pas pour défendre le site mais pour préparer son propre refuge en cas de problème, il est condamné pour "crime contre la sûreté de l’Etat". Nicolas Fouquet aura été trois ans Marquis de Belle-Ile sans jamais y avoir accosté et poser un pied !
 
 
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  L’afféagement ou le partage des terres  
  A des milliers de kilomètres de Belle-Ile, dans le nord de l’Amérique vivaient des hommes et des femmes fort attachés à leurs origines françaises... les Acadiens. En 1763, l’issue d’un nouveau conflit entre l’Angleterre et la France est sans appel. Vaincus, les Français doivent céder la plupart de leurs colonies américaines et leurs comptoirs en Inde. Les Acadiens qui n’ont eu de cesse de jurer fidélité au roi de France, sont purement et simplement chassés d’une terre qu’ils habitaient depuis près de deux siècles. Après deux ans d’invasion anglaise, Belle-Ile pour sa part a été dévastée et a besoin de main d’œuvre. Elle propose d’accueillir un certain nombre de ces cousins d’Amérique. En juin 1766, soixante-dix huit familles acadiennes débarquent. Quelques arpents de terre, des outils, des animaux et des matériaux pour construire leur maison leur sont remis. En échange, ils s’engagent à cultiver les terres ainsi offertes pendant au moins dix années. Malgré quelques oppositions, l’intégration des Acadiens se fit d’autant facilement que ce partage un peu particulier concerna tous les colons de l’île, Acadiens et Bellilois. De plus, la religion et la langue communes facilitant les contacts, il ne fallut pas très longtemps à ses familles pour se fondre dans la population locale et s’intégrer parfaitement. Aujourd’hui tous les Le Blanc, Granger, Richard, Landry, Mauser d’Amérique ou du Canada savent qu’ils ont des cousins à Belle-Ile en mer !
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  Des paparazzis à la Belle Epoque  
  Eté 1894, Sarah Bernhardt, une célèbre actrice vient passer la journée à Belle-Ile avec ses amis. Au cours de sa promenade sur la côte magnifique et sauvage la tragédienne découvre, à la Pointe des Poulains, une demeure aux allures médiévales, un fortin militaire du Second Empire.
La villa de Sarah Bernhardt à Belle Ile, France
La villa de Sarah Bernhardt à Belle Ile
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
C’est le coup de foudre, elle décide de l’acheter ! Ses amis pensent qu’il s’agit probablement d’un des nouveaux caprices. Sarah Bernhardt n’est pas vraiment belle. sa maigreur et sa silhouette androgyne lui ont d’ailleurs valu quelques quolibets par le passé, mais son immense talent a fait d’elle une tragédienne de renommée mondiale. Ses amis connaissent bien le personnage haut en couleur, fantasque et excentrique, et la savent bien capable d’acquérir une demeure sur un simple coup de tête, mais tout de même... Pour sa part, l’actrice voit en cet endroit si romantique le lieu idéal pour recevoir ses amis et s’éloigner des turpitudes de la vie d’artiste. Mais Sarah Bernhardt est aussi une femme moderne, elle aime se servir des journalistes de l’époque pour entretenir son image. C’est ainsi que pendant près de trente ans, chaque été, elle viendra chercher refuge sur cette île du bout du monde, suivie d’une cohorte d’amis, d’admirateurs mais aussi de "paparazzis". Derrière les strass et les paillettes, Sarah Bernhardt est aussi une femme sensible. Elle profitera de sa notoriété pour alerter la presse à chaque fois que la population de Belle-Ile aura besoin d’aide.
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  Invitation au voyage...  
  Le fortin a malheureusement été détruit par les allemands à la fin de la guerre mais la côte déchiquetée n’en demeure pas moins magnifique et les pécheurs bellilois conservent vivace le souvenir de leur bienfaitrice. Un autre artiste avait été séduit par le site, avant même la célèbre actrice, Claude Monet. En effet, le peintre se rendit sur l’île en 1886 afin d’immortaliser, avec ses pinceaux, cette côte qualifiée à juste titre de "sauvage". Il paraît que, pendant les deux mois que dura son séjour, il ne décoléra pas tant le temps fut redoutable. Bourrasques, pluies et tempêtes furent quasiment son lot quotidien. Il dut faire appel à un homme à tout faire de l’île, Hyppolite Guillaume, pour lui tenir son chevalet tandis qu’il peignait. De toute évidence, il fut séduit par l’endroit car, malgré les mauvaises conditions météorologiques, il ne renonça pas et peignit une quarantaine de tableaux, il fit également le portrait de son aide, le désormais très célèbre portrait de Poly. Aujourd’hui encore, nul ne peut résister au charme pittoresque de Belle-Ile. N’hésitez pas, si vous vous trouvez dans la région... prenez le temps de monter à bord d’un de ces bateaux qui assurent la navette entre Quiberon et Belle-Ile et partez à la découverte de cette île fort pittoresque. En ce qui nous concerne, nous avons déjà pris date pour notre prochain retour à Belle-Ile, car il nous faut, sans conteste, vous conter l’histoire du site emblématique de l’île, la citadelle Vauban.


 
 
 
 
 
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