October 2008
Dans ce numéro :
L'Armorique, une région rebelle et magnifique
La Bretagne, terre de légende, France
Des règles religieuses conflictuelles
Les migrants venus de l’île des Bretons ont de fait déjà été christianisés par les Irlandais mais ils respectent la règle de Saint Colomban tandis que les autres régions de France . . .
Des royaumes bretons
Louis le Pieux, roi des francs, suit la politique de son illustre père Charlemagne pour tenter de mater ces petits rois bretons belliqueux et indisciplinés . . .
Des ducs en Bretagne

Charles le Chauve n’est pas mécontent de cette invasion barbare . . .

Des beaux habits pour les seigneurs
Il faut attendre le XIXème siècle pour que le costume traditionnel et la coiffe de dentelle fassent leur apparition dans les campagnes . . .
L’habit fait le moine
Au XIXème siècle, la Cornouaille est compartimentée en de multiples cellules cloisonnées par des rivières, des ruisseaux, des collines . . .
La Bretagne, Kerniviou, France

La Bretagne, terre de légende, France onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de revenir dans une région aux paysages aussi diverses que magnifiques : la Bretagne. Terre de légendes et de tradition par excellence, nous avons cependant décidé de sortir des sentiers battus et avant de partir à la découverte de villes aussi charmantes que Landerneau ou Quimper, avant de parvenir au bout de cette terre sauvage balayée par les vents et les marées et rêver à des voyages lointains pleins de promesses, nous avons eu envie de vous raconter l’histoire mouvementée de cette belle Armorique, histoire sans laquelle il est impossible de comprendre la Bretagne d’aujourd’hui. Nous espérons que cette promenade dans le passé vous plaira autant qu’elle nous a passionnés.

Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
La Petite Bretagne
Un petit bras de mer d’une centaine de kilomètres sépare les tribus Celtes de l’Armorique de celles de l’île des Bretons (aujourd’hui l’Angleterre) située juste en face. Les relations entre les deux peuples sont très anciennes et ont toujours été fructueuses.
La Bretagne, terre de légende, France
  Pont Médard à Quimper
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
Ainsi lorsqu’à la fin du IVème siècle les bretons de la Grande Ile sont violemment attaqués par les Irlandais d’un côté et des barbares venus des mers du nord de l’autre, c’est tout naturellement qu’ils viennent chercher refuge chez leur voisin armoricain (la Bretagne d’aujourd’hui). Le Finistère n’est à cette époque pas très peuplé. Les relations commerciales sont excellentes car les deux peuples parlent la même langue et pratiquent la même religion. Il n’est, par conséquent, pas très difficile de recevoir ces nouveaux migrants. La tribu qui va choisir de s’implanter entre Quimper et Brest en longeant l’Odet est appellée « Cornouis ». Ainsi la région prendra-t-elle le nom de Cornouaille. Cette vague de migration va perdurer pendant près de trois siècles, elle est si importante que Grégoire de Tours, évêque d’une des villes les plus importantes des Gaules décide de changer le nom de la région qui devient au VIème siècle : la Petite Bretagne.
La religion bretonne

Les Celtes pratiquent un culte sans temple, ni représentation divine incarnée. Les lieux de prière sont les forêts, les maîtres de cérémonie des druides, juges suprêmes dont les décisions sont extrêmement redoutées, les dieux et les déesses les forces naturelles : les sources, les arbres, les pierres, le tonnerre... Dès le Vème siècle, lorsque l’église catholique en quête d’uniformisation de la religion tente d’évangéliser la région, elle rencontre de grandes difficultés. Les envahisseurs romains au cours des quatre siècles précédents sont parvenus à faire adopter leurs dieux, Jupiter, Mars, Venus, Apollon notamment auprès des notables qui ont bien compris l’intérêt de s’entendre avec le vainqueur. Néanmoins, les statues ou temples ont toujours été marqués de l’empreinte celtique. Alors pour s’implanter, l’église catholique va à son tour devoir ruser et accepter de faire des compromis. C’est ainsi que les prêtres vont opter pour la « christianisation » d’un certain nombre de menhirs par exemple. Si l’on peut encore aujourd’hui lire des inscriptions celtiques gravées sur les pierres érigées parsemées sur les terres bretonnes, aussi insolite que cela puisse paraître, on peut également découvrir des menhirs surmontés d’une croix.

La Bretagne, terre de légende, France
Recette octobre 2008  
Croustade aux pommes
Si facile à faire...
Temps de préparation et cuisson : 50 minutes
Pour 8 personnes
Cliquez ici pour lire la recette de la croustade aux pommes en anglais.
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Cooking SOS! Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à Chef@FranceMonthly.com


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La Bretagne, terre de légende, France L'histoire de France Monthly
Des règles religieuses conflictuelles
  Les migrants venus de l’île des Bretons ont de fait déjà été christianisés par les irlandais mais ils respectent la règle de Saint Colomban tandis que les autres régions de France suivent celle de Saint Benoit. Les premiers pratiquent des rituels qui irritent profondément un clergé franc désireux de mettre sous sa coupe cette nation « perfide et insolente qui a toujours été rebelle et dénuée de bons sentiments ».
La Bretagne, Table des 'Marchand' à Carnac
La Table des 'Marchand' à Carnac
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)

 
C’est ainsi qu’est décrite la Petite Bretagne dans un poème rédigé par un moine bénédictin en 820. Un culte qui laisse tant de place aux femmes en leur permettant notamment de participer à la célébration des cérémonies et qui de plus ne respecte pas les fêtes religieuses du calendrier romain ne peut être que scandaleux. Une religion qui autorise des ermites à habiter les forêts et vivre une vie solitaire et ascétique tournée vers la prière, qui permet à des prêtres d’arpenter routes et chemins pour prêcher la bonne parole, et comble de l’infamie demande à leurs moines de porter une tonsure en forme de demi-lune alors que partout ailleurs elle est circulaire. Un tel culte ne peut être qu’hérétique ! Si la règle bénédictine s’installe relativement aisément dans la partie orientale de la Bretagne, il en va tout autrement à l’ouest pour une raison probablement tout autant politique que religieuse. En effet, par leur soutien à cette église bretonne, les roitelets locaux entendent aussi affirmer leur indépendance politique vis-à-vis d’un roi de France dont ils récusent l’autorité.
 
 
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Des royaumes bretons
 
  Louis le Pieux, roi des francs, suit la politique de son illustre père Charlemagne pour tenter de mater ces petits rois bretons belliqueux et indisciplinés.
La Bretagne, Château de Fort-la-Latte, Côtes d'Armor, France
Château de Fort-la-Latte en Bretagne
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Il envoie ses plus fidèles seigneurs sur ces terres bretonnes avec pour mission de contrôler la région et veiller à l’obéissance des rebelles. Nominoé fait partie de ces dominici et tout se passe bien jusqu’à ce qu’à la disparition de Louis le Pieux. Son fils Charles le Chauve lui succède et hérite de la Bretagne, mais les relations entre le roi et Nominoé ne sont pas excellentes. A partir de 843, le vassal se rebelle contre ses anciens maîtres francs et décide de prendre son indépendance. Ses fils feront de même allant jusqu’à mettre une couronne de roi sur leur tête défiant ainsi le roi des Francs. La Bretagne devient un véritable territoire constitué de royaumes indépendants qui s’étendent du Cotentin jusqu’à la ville d’Angers au sud. C’est dans ce contexte que les vikings arrivent semant la terreur dans la région. Rois et ecclésiastiques bretons s’enfuient alors. Certains choisissent la Bourgogne ou Paris, d’autres retournent à leurs racines et vont se placer sous la protection du roi d’Angleterre.
 
 
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Des ducs en Bretagne
 
  Charles le Chauve n’est pas mécontent de cette invasion barbare, il espère bien que le chao ambiant va lui permettre de rendre les bretons plus dociles et les ramener dans son giron. Il n’a juste pas prévu qu’en suivant la Seine, les barbares arriveraient aussi à Paris. Ce qu’ils font en 845 mettant à feu et à sang la capitale.
La Maison de la Duchesse Anne de Bretagne à Morlaix, France
La Maison de la Duchesse Anne
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Il faut attendre la signature d’un traité en 911 pour qu’impuissant face à tant de violence, le roi offrant entre autres la Normandie aux envahisseurs obtienne enfin la paix. Tandis que les bretons rentrent petit à petit sur leurs terres, le royaume de France commence à prendre forme et désormais le roi entend bien affirmer son pouvoir suprême. Il n’est plus question de traiter avec des interlocuteurs qui se prétendent aussi puissants que lui. Les seigneurs bretons peuvent revenir mais ne pourront en aucun cas reprendre leurs titres de roi. Désormais ceux qu’il considère n’être ni plus ni moins que des chefs de guerre devront se contenter du titre de Duc. Les ducs de Bretagne rentrent feignant une toute nouvelle docilité, mais celle-ci n’est qu’une apparence car ils ne sont pas près d’oublier qu’ils ont été eux-mêmes rois un jour et ceci bien avant le monarque qui ose leur imposer ces nouvelles règles. Les rois de France vont se succéder et ne sont pas prêts d’en avoir fini avec des ducs indisciplinés et rebelles.
 
 
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  Des beaux habits pour les seigneurs  
  Il faut attendre le XIXème siècle pour que le costume traditionnel et la coiffe de dentelle tels que nous les reconnaissons aujourd’hui dans l’imagerie populaire bretonne fassent leur apparition dans les campagnes. En effet, auparavant tous les paysans portaient, à quelques nuances près, des vêtements identiques fabriqués à partir d’étoffes rudimentaires et dénués de tout ornement. En effet, seuls les nobles et les bourgeois étaient autorisés par décret royal à porter des étoffes délicates et à agrémenter leurs vêtements de pierres précieuses, dentelles ou broderies. Malgré la disparition des lois somptuaires après la Révolution, l’essor du commerce, de meilleurs réseaux de communication et de nouveaux procédés de fabrication tels que les métiers à tisser, le changement ne fut pas immédiat en particulier en Cornouaille, dans cette partie de la Bretagne située au-delà des Montagnes Noires et les monts d’Arrée qui formaient une barrière naturelle à toute forme de vie moderne. Par fidélité à leurs seigneurs, en raison probablement d’une certaine réticence à l’égard du changement, par méfiance pour tout ce qui vient de l’extérieur, par souci de conserver une certaine indépendance aussi les paysans bretons n’étaient pas prêts à changer leurs habitudes même vestimentaires.
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  L’habit fait le moine  
  Au XIXème siècle, la Cornouaille est compartimentée en de multiples cellules cloisonnées par des rivières, des ruisseaux, des collines, des bois et des landes plus infranchissables par tradition que par difficulté réelle de passage. Dès que les costumes évoluèrent, ils le firent en fonction des spécificités de chacune de ces cellules.
La Bretagne, Bigoudine en habit de fêtes, France
Une Bigoudine en habit de fêtes
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Posséder son propre costume revenait à affirmer son originalité et son appartenance à un groupe. Les coiffes féminines se diversifièrent rapidement car les filles d’un terroir voulaient se distinguer du terroir voisin. Au fur et à mesure que les conditions de vie paysannes s’améliorèrent,le costume traditionnel devint aussi une véritable carte de visite pour celui qui le portait. D’abord il permettait de le situer géographiquement mais aussi de connaître la classe sociale à laquelle il appartenait. Dans les foires, les uns et les autres savaient qu’il était préférable d’acheter ou de vendre à tel client ou plutôt garder ses distances avec tel autre uniquement au vu de son costume. Aujourd’hui, le plaisir de croiser une vieille dame portant sa jolie coiffe de dentelle entièrement brodée à la main se fait de plus en plus rare. Heureusement, les joyeux spectacles folkloriques nous permettent encore de découvrir quelques uns des mille deux cents costumes créés sur les trente trois terroirs que comptaient la Bretagne et ceci grâce à une tradition tenace.
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  Invitation au voyage...  
  La Bretagne est probablement une des régions les plus typiques de France. Pays de traditions et de coutumes, les bretons ont fait d’importants efforts pour s’ouvrir au tourisme international et mettre en valeur la richesse de leur culture et de leur patrimoine. Nous reviendrons sur la partie occidentale de la Bretagne (le Finistère entre autres) dans de prochaines lettres de FranceMonthly en 2009. Mais sachez que si vous souhaitez sortir des sentiers battus et découvrir la France profonde, la Bretagne est vraiment incontournable. A très bientôt pour de nouveaux voyages au pays des druides et des traditions.


 
 
 
 
 
La Bretagne, terre de légende, France

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