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onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de revenir dans une région aux paysages aussi diverses que
magnifiques : la Bretagne. Terre de légendes et de tradition par excellence, nous avons
cependant décidé de sortir des sentiers battus et avant de partir à la
découverte de villes aussi charmantes que Landerneau ou Quimper, avant de parvenir au
bout de cette terre sauvage balayée par les vents et les marées et rêver
à des voyages lointains pleins de promesses, nous avons eu envie de vous raconter
l’histoire mouvementée de cette belle Armorique, histoire sans laquelle il est impossible
de comprendre la Bretagne d’aujourd’hui. Nous espérons que cette promenade dans le passé
vous plaira autant qu’elle nous a passionnés.
Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information
déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe
en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
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La Petite Bretagne
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Un petit bras de mer d’une centaine de kilomètres sépare les tribus Celtes
de l’Armorique de celles de l’île des Bretons (aujourd’hui l’Angleterre)
située juste en face. Les relations entre les deux peuples sont très anciennes
et ont toujours été fructueuses.
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Pont Médard à Quimper
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Ainsi lorsqu’à la fin du IVème siècle les bretons de la Grande Ile
sont violemment attaqués par les Irlandais d’un côté et des barbares
venus des mers du nord de l’autre, c’est tout naturellement qu’ils viennent chercher refuge
chez leur voisin armoricain (la Bretagne d’aujourd’hui). Le Finistère n’est à
cette époque pas très peuplé. Les relations commerciales sont excellentes
car les deux peuples parlent la même langue et pratiquent la même religion. Il n’est,
par conséquent, pas très difficile de recevoir ces nouveaux migrants. La tribu qui
va choisir de s’implanter entre Quimper et Brest en longeant l’Odet est appellée « Cornouis ».
Ainsi la région prendra-t-elle le nom de Cornouaille. Cette vague de migration va perdurer
pendant près de trois siècles, elle est si importante que Grégoire de Tours,
évêque d’une des villes les plus importantes des Gaules décide de changer le
nom de la région qui devient au VIème siècle : la Petite Bretagne.
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La religion bretonne
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Les Celtes pratiquent un culte sans temple, ni représentation divine incarnée.
Les lieux de prière sont les forêts, les maîtres de cérémonie
des druides, juges suprêmes dont les décisions sont extrêmement
redoutées, les dieux et les déesses les forces naturelles : les sources, les
arbres, les pierres, le tonnerre... Dès le Vème siècle, lorsque
l’église catholique en quête d’uniformisation de la religion tente d’évangéliser
la région, elle rencontre de grandes difficultés. Les envahisseurs romains au cours des
quatre siècles précédents sont parvenus à faire adopter leurs dieux, Jupiter,
Mars, Venus, Apollon notamment auprès des notables qui ont bien compris l’intérêt de
s’entendre avec le vainqueur. Néanmoins, les statues ou temples ont toujours été
marqués de l’empreinte celtique. Alors pour s’implanter, l’église catholique
va à son tour devoir ruser et accepter de faire des compromis. C’est ainsi que
les prêtres vont opter pour la « christianisation » d’un certain nombre de menhirs
par exemple. Si l’on peut encore aujourd’hui lire des inscriptions celtiques gravées
sur les pierres érigées parsemées sur les terres bretonnes, aussi
insolite que cela puisse paraître, on peut également découvrir des menhirs
surmontés d’une croix.
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Recette octobre 2008
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Croustade aux pommes
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Des règles religieuses conflictuelles
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Les migrants venus de l’île des Bretons ont de fait déjà
été christianisés par les irlandais mais ils respectent
la règle de Saint Colomban tandis que les autres régions de France
suivent celle de Saint Benoit. Les premiers pratiquent des rituels qui irritent
profondément un clergé franc désireux de mettre sous sa coupe
cette nation « perfide et insolente qui a toujours été rebelle et
dénuée de bons sentiments ».
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La Table des 'Marchand' à Carnac
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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C’est ainsi qu’est décrite la Petite Bretagne dans un poème
rédigé par un moine bénédictin en 820. Un culte
qui laisse tant de place aux femmes en leur permettant notamment de participer
à la célébration des cérémonies et qui de
plus ne respecte pas les fêtes religieuses du calendrier romain ne peut
être que scandaleux. Une religion qui autorise des ermites à habiter
les forêts et vivre une vie solitaire et ascétique tournée vers
la prière, qui permet à des prêtres d’arpenter routes et
chemins pour prêcher la bonne parole, et comble de l’infamie demande à
leurs moines de porter une tonsure en forme de demi-lune alors que partout ailleurs
elle est circulaire. Un tel culte ne peut être qu’hérétique ! Si
la règle bénédictine s’installe relativement aisément dans
la partie orientale de la Bretagne, il en va tout autrement à l’ouest pour une
raison probablement tout autant politique que religieuse. En effet, par leur soutien
à cette église bretonne, les roitelets locaux entendent aussi affirmer
leur indépendance politique vis-à-vis d’un roi de France dont ils
récusent l’autorité.
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Des royaumes bretons
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Louis le Pieux, roi des francs, suit la politique de son illustre père Charlemagne
pour tenter de mater ces petits rois bretons belliqueux et indisciplinés.
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Château de Fort-la-Latte en Bretagne
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Il envoie ses plus fidèles seigneurs sur ces terres bretonnes avec pour
mission de contrôler la région et veiller à l’obéissance des rebelles.
Nominoé fait partie de ces dominici et tout se passe bien jusqu’à
ce qu’à la disparition de Louis le Pieux. Son fils Charles le Chauve lui
succède et hérite de la Bretagne, mais les relations entre le roi
et Nominoé ne sont pas excellentes. A partir de 843, le vassal se rebelle
contre ses anciens maîtres francs et décide de prendre son indépendance.
Ses fils feront de même allant jusqu’à mettre une couronne de roi sur leur
tête défiant ainsi le roi des Francs. La Bretagne devient un véritable
territoire constitué de royaumes indépendants qui s’étendent du Cotentin
jusqu’à la ville d’Angers au sud. C’est dans ce contexte que les vikings arrivent semant
la terreur dans la région. Rois et ecclésiastiques bretons s’enfuient alors.
Certains choisissent la Bourgogne ou Paris, d’autres retournent à leurs racines et
vont se placer sous la protection du roi d’Angleterre.
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Des ducs en Bretagne
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Charles le Chauve n’est pas mécontent de cette invasion barbare, il
espère bien que le chao ambiant va lui permettre de rendre les bretons
plus dociles et les ramener dans son giron. Il n’a juste pas prévu qu’en
suivant la Seine, les barbares arriveraient aussi à Paris. Ce qu’ils font
en 845 mettant à feu et à sang la capitale.
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La Maison de la Duchesse Anne
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Il faut attendre la signature d’un traité en 911 pour qu’impuissant
face à tant de violence, le roi offrant entre autres la Normandie
aux envahisseurs obtienne enfin la paix. Tandis que les bretons rentrent
petit à petit sur leurs terres, le royaume de France commence à
prendre forme et désormais le roi entend bien affirmer son pouvoir
suprême. Il n’est plus question de traiter avec des interlocuteurs qui
se prétendent aussi puissants que lui. Les seigneurs bretons peuvent
revenir mais ne pourront en aucun cas reprendre leurs titres de roi. Désormais
ceux qu’il considère n’être ni plus ni moins que des chefs de guerre
devront se contenter du titre de Duc. Les ducs de Bretagne rentrent feignant une
toute nouvelle docilité, mais celle-ci n’est qu’une apparence car ils ne
sont pas près d’oublier qu’ils ont été eux-mêmes
rois un jour et ceci bien avant le monarque qui ose leur imposer ces nouvelles
règles. Les rois de France vont se succéder et ne sont pas prêts
d’en avoir fini avec des ducs indisciplinés et rebelles.
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Des beaux habits pour les seigneurs |
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Il faut attendre le XIXème siècle pour que le costume traditionnel
et la coiffe de dentelle tels que nous les reconnaissons aujourd’hui dans l’imagerie
populaire bretonne fassent leur apparition dans les campagnes. En effet, auparavant
tous les paysans portaient, à quelques nuances près, des vêtements
identiques fabriqués à partir d’étoffes rudimentaires et
dénués de tout ornement. En effet, seuls les nobles et les bourgeois
étaient autorisés par décret royal à porter des étoffes
délicates et à agrémenter leurs vêtements de pierres
précieuses, dentelles ou broderies. Malgré la disparition des lois
somptuaires après la Révolution, l’essor du commerce, de meilleurs
réseaux de communication et de nouveaux procédés de fabrication
tels que les métiers à tisser, le changement ne fut pas immédiat
en particulier en Cornouaille, dans cette partie de la Bretagne située au-delà
des Montagnes Noires et les monts d’Arrée qui formaient une barrière naturelle
à toute forme de vie moderne. Par fidélité à leurs seigneurs,
en raison probablement d’une certaine réticence à l’égard du changement,
par méfiance pour tout ce qui vient de l’extérieur, par souci de conserver une
certaine indépendance aussi les paysans bretons n’étaient pas prêts
à changer leurs habitudes même vestimentaires.
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L’habit fait le moine
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Au XIXème siècle, la Cornouaille est compartimentée en de
multiples cellules cloisonnées par des rivières, des ruisseaux,
des collines, des bois et des landes plus infranchissables par tradition que
par difficulté réelle de passage. Dès que les costumes
évoluèrent, ils le firent en fonction des spécificités
de chacune de ces cellules.
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Une Bigoudine en habit de fêtes
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Posséder son propre costume revenait à affirmer son originalité
et son appartenance à un groupe. Les coiffes féminines se diversifièrent
rapidement car les filles d’un terroir voulaient se distinguer du terroir voisin. Au fur et
à mesure que les conditions de vie paysannes s’améliorèrent,le costume
traditionnel devint aussi une véritable carte de visite pour celui qui le portait.
D’abord il permettait de le situer géographiquement mais aussi de connaître la
classe sociale à laquelle il appartenait. Dans les foires, les uns et les autres savaient
qu’il était préférable d’acheter ou de vendre à tel client ou
plutôt garder ses distances avec tel autre uniquement au vu de son costume. Aujourd’hui,
le plaisir de croiser une vieille dame portant sa jolie coiffe de dentelle entièrement
brodée à la main se fait de plus en plus rare. Heureusement, les joyeux spectacles
folkloriques nous permettent encore de découvrir quelques uns des mille deux cents costumes
créés sur les trente trois terroirs que comptaient la Bretagne et ceci grâce
à une tradition tenace.
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Invitation au voyage... |
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La Bretagne est probablement une des régions les plus typiques de France. Pays de
traditions et de coutumes, les bretons ont fait d’importants efforts pour s’ouvrir
au tourisme international et mettre en valeur la richesse de leur culture et de
leur patrimoine. Nous reviendrons sur la partie occidentale de la Bretagne (le
Finistère entre autres) dans de prochaines lettres de FranceMonthly en 2009. Mais
sachez que si vous souhaitez sortir des sentiers battus et découvrir la France
profonde, la Bretagne est vraiment incontournable. A très bientôt pour de nouveaux
voyages au pays des druides et des traditions.
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