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onjour!
Bonjour! ce mois-ci nous avons choisi de consacrer notre lettre d’information à un paysage
insolite situé dans une région magnifique, à l’Ouest de la France. Si vous avez la chance
de parcourir la Bretagne, vous ne pourrez qu’être enchanté par la beauté des paysages, par
la luminosité des petits ports de pêche, par le charme de la campagne et par le mystère de
la forêt, source de tant de légendes. Au détour d’une route, une autre découverte vous
attendra : un étrange spectacle fait de pierres, alignées sur des kilomètres comme autant
de vestiges d’un temps lointain. On vous dira qu’il s’agit des alignements de Carnac dont
on n’a pas encore réussi à percer le mystère...
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Une forêt de menhirs
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La France est riche en monuments surprenants construits par l’homme. Ainsi, l’architecture de nos
cathédrales émerveille, l’élégance de nos châteaux enchante, la
robustesse des forteresses du Moyen-Âge impressionne quand d’autres monuments nous laissent encore
perplexes.
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Les alignements de Carnac
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Qui donc, alors qu’il se promène dans les Côtes d’Armor, en Ile et Vilaine ou
dans le Morbihan, ne s’interroge pas sur le sens qu’accordaient nos Anciens à ces
pierres érigées, de-ci de-là, dans la campagne bretonne ? L’étonnement
est à son comble lorsqu’arrivé aux portes de Carnac, on découvre le spectacle
insolite de ces blocs dressés vers le ciel : ils sont érigés, à perte
de vue, sur plusieurs kilomètres; files entières de menhirs, alignés
comme d’imperturbables sentinelles, guettant on ne sait qui ou quoi, depuis la nuit des temps. La
plus grande concentration de mégalithes de France se trouve entre le Petit Menec, Kerlescan
et Kermario non loin de Carnac. Deux mille sept-cent quatre-vingt sept pierres levées, pas
plus pas moins... les archéologues les ont comptées une à une. Ils évaluent
à dix mille le nombre de ces monuments, à l’origine. Car il s’agit bien de monuments,
taillés de la main de l’homme. Si les spécialistes en ont déterminé le
nombre, en ont calculé les dimensions : entre un et quatre mètres de haut ; en ont
analysé la forme : de longs alignements parallèles de pierres dressées souvent
enceints de formes circulaires, ovales ou quadrangulaires ; en ont précisé l’orientation :
d’Est en Ouest. Il n’en demeure pas moins qu’ils ne sont pas encore parvenus à percer le
mystère de leur raison d’être !
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Un homme nouveau
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Il y a bien longtemps, à une époque située entre - 5500 et - 2200 ans avant J.C.,
des hommes traversent l’Europe Centrale, arrivent en France, puis s’installent en Bretagne.
Ils sont venus de Mésopotamie, une région située entre deux fleuves - le Tigre
et L’Euphrate - et dont la partie la plus importante se trouve en Irak aujourd’hui.
On est à la fin d’une période de glaciation, le climat devenu plus doux incite
les hommes à se sédentariser. Ces hommes de la Préhistoire, marquent pourtant,
avec leurs prédécesseurs et par leur mode de vie, une rupture de taille dans le
cycle de l’évolution. Si leurs ancêtres n’étaient que des cueilleurs-chasseurs,
eux vont êtres désormais des éleveurs-cultivateurs; ils sauront aussi filer, tisser
et travailler la céramique. Leurs connaissances sont variées : l’agriculture,
l’artisanat et la construction. Ils vont implanter la culture de céréales méconnue
jusqu’alors en France, maitriser le polissage et pouvoir dès lors fabriquer des outils,
inventer des techniques de construction grâce auxquelles et ce, pendant plusieurs
générations, ils vont édifier ces véritables énigmes architecturales,
ces multitudes de pierres levées, ces rochers dressés depuis la terre nourricière vers
les cieux. Les hommes du Néolithique ont ainsi ouvert la voie à une certaine modernité.
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Recette Octobre 2007
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Le boeuf aux carottes
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Un travail de titans
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Pour trouver des terres à cultiver, ils entreprirent un travail colossal de déforestation
car, en ces temps-là, la Bretagne n’était qu’une forêt dense et profonde. Ils trouvèrent
le matériau de construction sur place parce qu'une fois la terre enlevée, un immense massif
granitique fit son apparition. Pour en extraire de splendides éclats gigantesques, ils
perfectionnèrent des techniques imparables.
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Le menhir brisé in Locmariaquer
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Aux beaux jours, ils glissaient sous la pierre, à chaque angle, quatre morceaux de bois
qu’ils arrosaient avec de l’eau. Lorsque le bois gonflait, la pierre se fissurait naturellement
et le tour était joué. En hiver, ils obtenaient le même résultat en
provoquant un choc thermique. Sous les morceaux de bois ils glissaient de la paille à
laquelle ils mettaient le feu puis jetaient de l’eau glacée sur le brasier. Une fois encore,
la pierre craquait et il ne restait plus qu’à l’extraire et à la soulever. Certes,
la tâche n’était pas aisée car les pierres pesaient plusieurs tonnes, les plus
lourdes pouvant atteindre jusqu’à trois cent cinquante tonnes. Une technique de levage
éprouvée était alors utilisée dans ces cas précis : deux bouts
de bois et des cordages faits avec du chanvre en forme de A à l’envers formaient un parfait
système qui leur permettaient de soulever ces énormes "cailloux". Ils glissaient
la corde sous la pierre et la levaient progressivement. Petit à petit la pierre se redressait
et finissait pas se placer dans une fosse de calage de seulement soixante centimètres de profondeur !
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"L’âme" des pierres
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Pendant plusieurs générations soit environ sept cent années, les hommes du
Néolithique travaillèrent à l’édification de ces pierres soigneusement
alignées, en allées parallèles et rectilignes.
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Une pierre levée
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Mais au XIXème siècle, la plupart avaient fini par tomber. Avec le temps et l’érosion,
la profondeur des fosses de calage s’était considérablement réduite, rendant
impossible leur maintien en équilibre. D’autres pierres avaient disparu. En effet,
elles étaient propriétés privées car situées sur des terrains
privées et les propriétaires d'alors n’avaient pas hésité à les vendre,
peu soucieux qu'ils étaient de
l’intéérêt historique ou patrimonial. Gustave Flaubert (célèbre
écrivain français) qualifia les alignements "de grosses pierres sans âme".
Néanmoins, depuis quelques temps, elles suscitaient quelques interrogations. Ces pierres
n’étaient-elles pas le résultat de catastrophes climatiques, de déluges,
de tremblements de terre ou d’inondations ? De nombreuses gravures romantiques les représentaient
à côté de Lilliputiens, ce qui les rendait encore plus mystérieuses et
impressionnantes. Les conjectures allaient bon train, moitié religieuses, moitié
fantasmagoriques et quasi légendaires ! Une seule certitude, les alignements de menhirs
n’étaient pas des monuments funéraires.
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Saint Cornély
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Alors que Saint Cornély, pape à Rome au IIIème siècle, fuyait
les persécutions de l’empereur romain Gallus, ses pas l’amenèrent jusqu’en
Bretagne. Accompagné de deux boeufs qui transportaient ses bagages, il avait un
jour d’avance sur les légionnaires qui le poursuivaient lorsqu’il rencontra des
paysans occupés à semer dans les champs.
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Saint Cornély in Carnac
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Au grand étonnement des pauvres gens, il leur promit que l’avoine qu’ils semaient ce jour,
à grand peine, serait mûre dès le lendemain. Effectivement, lorsque les soldats
arrivèrent le jour d’après, les paysans commençaient la récolte. Les poursuivants
leur demandèrent s’ils avaient croisé un religieux et ceux-ci s’empressèrent de
répondre qu’ils avaient bien vu l’homme décrit alors qu’ils étaient en train de
semer. Les soldats romains en déduisirent que l’avance de Cornély était telle
qu’ils ne leur restaient plus qu’à renoncer. La légende raconte que le saint homme,
caché non loin de là, saisit cette opportunité pour les pétrifier. Les
alignements de Carnac ne seraient autres que ces malheureux figés à tout jamais.
Saint Cornély, devenu plus tard le Saint Patron des bêtes à cornes, est
célébré chaque année en septembre. Cette tradition remonte à
l’époque moyenâgeuse où pour christianiser une fête païenne - la foire
aux bestiaux - on l’associa au Grand Pardon, procession chrétienne annuelle à l’issue
de laquelle les pauvres pécheurs confessaient leurs erreurs. Désormais, on pouvait
les voir défiler avec leurs bêtes qu’ils allaient faire bénir à la fontaine
Saint Cornély avant de les mener à la foire pour être vendues. L’avantage
était double puisqu’au-delà du pardon des fautes commises, un animal béni
valait plus cher qu’un autre : une bonne affaire en somme !
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Les dolmens |
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Les dolmens apparaissent aujourd’hui dans le paysage breton sous la forme étrange de
pierres verticales recouvertes d’une dalle de plusieurs tonnes. Mais ceci n’est qu’une infime
partie d’un ensemble beaucoup plus complexe, malheureusement mis à nu et souvent
pillé au fil des siècles. A l’origine, les dolmens étaient constitués
d’une ou plusieurs chambres funéraires auxquelles on accédait par un couloir, le
tout enseveli sous un amas de pierres, le cairn. C’est là que les hommes primitifs
enterraient leurs morts. Les allées couvertes symbolisaient le cheminement entre le
monde des vivants et celui des morts, deux univers extrêmement proches à une
époque où il n’y avait pas de différence fondamentale entre le sommeil
et la mort. Il fallait, par conséquent, établir des barrières afin que
les uns ne viennent empiéter sur le territoire des autres, et surtout que les morts
ne viennent pas hanter le monde des vivants. C’est pourquoi ces chambres funéraires
étaient scellées par des blocs de pierres. De la sorte, le défunt, s’il lui
en était venu l’idée, n’avait aucune chance de pouvoir soulever la très
lourde dalle qui recouvrait l’ensemble. De plus, les corps étaient de toute façon placés
sur le ventre, vers la terre et les ténèbres et on enterrait les bras et les pieds afin
de contrarier toute tentative de fuite. Certains couloirs d’accès étaient coudés
afin que l’intrépide défunt qui eut choisi de prendre ce chemin, s’y perde. Enfin
un menhir érigé à proximité de la tombe, comme l’impressionnant
"Géant" du Manio, six mètres cinquante de haut, situé à l’ouest des
alignements de Kerlescan près de Carnac, délimitait clairement le domaine de chacun.
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Les Tumulus
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Vivant en permanence entre la réalité quotidienne très prégnante et le
monde des Esprits,
l’homme primitif avait un grand respect pour le corps des défunts. La mort n’était pas une
fin en soi mais, au contraire, l’étape suprême vers une seconde vie.
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Le dolmen de Crucuno
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Le rite solennel organisé autour du corps n’était autre qu’un moyen d’amener le
trépassé vers sa nouvelle existence ; les offrandes étaient donc nombreuses :
haches, bijoux, poteries, mobiliers, ossements de bovidés, animal sacré. Les
personnages de grande importance étaient enterrés sous de majestueuses montagnes
artificielles : les tumulus. Il s’agissait de monuments bâtis à la gloire des puissances
supérieures. À ce jour, le plus grand tumulus, jamais découvert en France, est le
tumulus Saint Michel, avec ses cent vingt-cinq mètres de long, soixante mètres
de large et douze mètres de haut. Difficile d’imaginer que sous cette paisible colline se cache
un tombeau somptueux. Il ne se visite malheureusement plus, pour des raisons de sécurité.
Mais il n’en reste pas moins un site panoramique de choix pour embrasser la région du regard. Ce
lieu païen fut christianisé au XVIIème siècle lorsqu’une chapelle y fut édifiée.
Détruite plusieurs fois, la chapelle fut finalement reconstruite en 1926. À une époque
où la mer était è un tel point effrayante que les habitations étaient
construite à l'intérieur des terres,
les épouses de marins venaient prier pour que leurs maris trouvent des vents
favorables. Elles balayaient le logis et envoyaient les poussières dans la direction des vents choisis
pour protéger leurs hommes.
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Invitation au voyage... |
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Monuments politico-religieux ? Lieux de rassemblements pour des célébrations festives ?
Réponse à un culte astronomique ? Les indices restent maigres et les questions encore
sans réponse, à ce jour. Pas d’écrits, aucun vestige archéologique sous les menhirs
pour permettre d’étayer les nombreuses hypothèses. Comment expliquer, en effet, la
présence de ces milliers de pierres alignées formant comme un serpentin géant, sur plusieurs
kilomètres ? Et celle d’autres pierres que l’on sait immergées sous les vagues, érigées
à une époque où le niveau de la mer était bien inférieur à celui d’aujourd’hui ? Le
paysage déchiqueté et tourmenté de cette magnifique côte sauvage porte, en effet, le
témoignage de l’ampleur de ces monuments. Nous l’avons échappé belle. Le pillage
a heureusement pu cesser grâce à un homme. En 1836, Prosper Mérimée, Inspecteur Général des Monuments
Historiques, s’intéresse enfin à l’histoire de ces pierres levées et en 1889, l’État
intervient pour racheter les propriétés puis classe le lieu dans la liste des "Monuments
Historiques". Finalement, un homme passionné, Zacharie le Rouzic, y travaillera de façon
remarquable et incessante, jusqu’en 1939. C’est donc à la passion de quelques uns,
très pugnaces, que nous devons de ne pas avoir perdu, à tout jamais, la chance de
découvrir, un jour prochain, le grand secret des alignements mégalithiques de Carnac.
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