Octobre 2007
Dans ce numéro :
Carnac, une forêt de menhirs
Carnac, une forêt de menhirs, France
Un travail de titans
Pour trouver des terres à cultiver, ils entreprirent un travail colossal de déforestation car en ces temps-là, la Bretagne n’était qu’une forêt dense et profonde . . .
"L’âme" des pierres
Pendant plusieurs générations, les hommes du Néolithique travaillèrent à l’édification de ces pierres soigneusement alignées, en allées parallèèles et rectilignes . . .
Saint Cornély

Alors que Saint Cornély fuyait les persécutions de l’empereur romain Gallus, ses pas l’amenèrent jusqu’en Bretagne. Accompagné de deux boeufs qui transportaient ses bagages, il avait un jour d’avance sur les . . .

Les dolmens
Les dolmens apparaissent aujourd’hui dans le paysage breton sous la forme étrange de pierres verticales recouvertes d’une dalle de plusieurs tonnes . . .
Les Tumulus
Vivant en permanence entre la réalité quotidienne très prégnante et le monde des Esprits, l’homme primitif avait un grand respect pour . . .
Manio, le menhir géant

Carnac, une forêt de menhirs France onjour!
Bonjour! ce mois-ci nous avons choisi de consacrer notre lettre d’information à un paysage insolite situé dans une région magnifique, à l’Ouest de la France. Si vous avez la chance de parcourir la Bretagne, vous ne pourrez qu’être enchanté par la beauté des paysages, par la luminosité des petits ports de pêche, par le charme de la campagne et par le mystère de la forêt, source de tant de légendes. Au détour d’une route, une autre découverte vous attendra : un étrange spectacle fait de pierres, alignées sur des kilomètres comme autant de vestiges d’un temps lointain. On vous dira qu’il s’agit des alignements de Carnac dont on n’a pas encore réussi à percer le mystère...
Une forêt de menhirs
La France est riche en monuments surprenants construits par l’homme. Ainsi, l’architecture de nos cathédrales émerveille, l’élégance de nos châteaux enchante, la robustesse des forteresses du Moyen-Âge impressionne quand d’autres monuments nous laissent encore perplexes.
Les alignements de Carnac, France
  Les alignements de Carnac
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
Qui donc, alors qu’il se promène dans les Côtes d’Armor, en Ile et Vilaine ou dans le Morbihan, ne s’interroge pas sur le sens qu’accordaient nos Anciens à ces pierres érigées, de-ci de-là, dans la campagne bretonne ? L’étonnement est à son comble lorsqu’arrivé aux portes de Carnac, on découvre le spectacle insolite de ces blocs dressés vers le ciel : ils sont érigés, à perte de vue, sur plusieurs kilomètres; files entières de menhirs, alignés comme d’imperturbables sentinelles, guettant on ne sait qui ou quoi, depuis la nuit des temps. La plus grande concentration de mégalithes de France se trouve entre le Petit Menec, Kerlescan et Kermario non loin de Carnac. Deux mille sept-cent quatre-vingt sept pierres levées, pas plus pas moins... les archéologues les ont comptées une à une. Ils évaluent à dix mille le nombre de ces monuments, à l’origine. Car il s’agit bien de monuments, taillés de la main de l’homme. Si les spécialistes en ont déterminé le nombre, en ont calculé les dimensions : entre un et quatre mètres de haut ; en ont analysé la forme : de longs alignements parallèles de pierres dressées souvent enceints de formes circulaires, ovales ou quadrangulaires ; en ont précisé l’orientation : d’Est en Ouest. Il n’en demeure pas moins qu’ils ne sont pas encore parvenus à percer le mystère de leur raison d’être !
Un homme nouveau

Il y a bien longtemps, à une époque située entre - 5500 et - 2200 ans avant J.C., des hommes traversent l’Europe Centrale, arrivent en France, puis s’installent en Bretagne. Ils sont venus de Mésopotamie, une région située entre deux fleuves - le Tigre et L’Euphrate - et dont la partie la plus importante se trouve en Irak aujourd’hui. On est à la fin d’une période de glaciation, le climat devenu plus doux incite les hommes à se sédentariser. Ces hommes de la Préhistoire, marquent pourtant, avec leurs prédécesseurs et par leur mode de vie, une rupture de taille dans le cycle de l’évolution. Si leurs ancêtres n’étaient que des cueilleurs-chasseurs, eux vont êtres désormais des éleveurs-cultivateurs; ils sauront aussi filer, tisser et travailler la céramique. Leurs connaissances sont variées : l’agriculture, l’artisanat et la construction. Ils vont implanter la culture de céréales méconnue jusqu’alors en France, maitriser le polissage et pouvoir dès lors fabriquer des outils, inventer des techniques de construction grâce auxquelles et ce, pendant plusieurs générations, ils vont édifier ces véritables énigmes architecturales, ces multitudes de pierres levées, ces rochers dressés depuis la terre nourricière vers les cieux. Les hommes du Néolithique ont ainsi ouvert la voie à une certaine modernité.

Carnac, une forêt de menhirs, France
Recette Octobre 2007  
Le boeuf aux carottes
Simplement délicieux...
Temps de préparation : 15 minutes + 2h30 de cuisson au four très doux (160°)
Pour 6 personnes
Cliquez ici pour lire la recette du boeuf aux carottes en anglais.
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Carnac, une forêt de menhirs, France L'histoire de France Monthly
Un travail de titans
  Pour trouver des terres à cultiver, ils entreprirent un travail colossal de déforestation car, en ces temps-là, la Bretagne n’était qu’une forêt dense et profonde. Ils trouvèrent le matériau de construction sur place parce qu'une fois la terre enlevée, un immense massif granitique fit son apparition. Pour en extraire de splendides éclats gigantesques, ils perfectionnèrent des techniques imparables.
Le menhir brisé, Locmariaquer, France
Le menhir brisé in Locmariaquer
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)

 
Aux beaux jours, ils glissaient sous la pierre, à chaque angle, quatre morceaux de bois qu’ils arrosaient avec de l’eau. Lorsque le bois gonflait, la pierre se fissurait naturellement et le tour était joué. En hiver, ils obtenaient le même résultat en provoquant un choc thermique. Sous les morceaux de bois ils glissaient de la paille à laquelle ils mettaient le feu puis jetaient de l’eau glacée sur le brasier. Une fois encore, la pierre craquait et il ne restait plus qu’à l’extraire et à la soulever. Certes, la tâche n’était pas aisée car les pierres pesaient plusieurs tonnes, les plus lourdes pouvant atteindre jusqu’à trois cent cinquante tonnes. Une technique de levage éprouvée était alors utilisée dans ces cas précis : deux bouts de bois et des cordages faits avec du chanvre en forme de A à l’envers formaient un parfait système qui leur permettaient de soulever ces énormes "cailloux". Ils glissaient la corde sous la pierre et la levaient progressivement. Petit à petit la pierre se redressait et finissait pas se placer dans une fosse de calage de seulement soixante centimètres de profondeur !
 
 
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"L’âme" des pierres
 
  Pendant plusieurs générations soit environ sept cent années, les hommes du Néolithique travaillèrent à l’édification de ces pierres soigneusement alignées, en allées parallèles et rectilignes.
Une pierre levée, France
Une pierre levée
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Mais au XIXème siècle, la plupart avaient fini par tomber. Avec le temps et l’érosion, la profondeur des fosses de calage s’était considérablement réduite, rendant impossible leur maintien en équilibre. D’autres pierres avaient disparu. En effet, elles étaient situées sur des terrains privés et les propriétaires d'alors n’avaient pas hésité à les vendre, peu soucieux qu'ils étaient de l’intérêt historique ou patrimonial. Gustave Flaubert (célèbre écrivain français) qualifia les alignements "de grosses pierres sans âme". Néanmoins, depuis quelques temps, elles suscitaient quelques interrogations. Ces pierres n’étaient-elles pas le résultat de catastrophes climatiques, de déluges, de tremblements de terre ou d’inondations ? De nombreuses gravures romantiques les représentaient à côté de Lilliputiens, ce qui les rendait encore plus mystérieuses et impressionnantes. Les conjectures allaient bon train, moitié religieuses, moitié fantasmagoriques et quasi légendaires ! Une seule certitude, les alignements de menhirs n’étaient pas des monuments funéraires.
 
 
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Saint Cornély
 
  Alors que Saint Cornély, pape à Rome au IIIème siècle, fuyait les persécutions de l’empereur romain Gallus, ses pas l’amenèrent jusqu’en Bretagne. Accompagné de deux boeufs qui transportaient ses bagages, il avait un jour d’avance sur les légionnaires qui le poursuivaient lorsqu’il rencontra des paysans occupés à semer dans les champs.
Saint Cornély, Carnac, France
Saint Cornély in Carnac
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Au grand étonnement des pauvres gens, il leur promit que l’avoine qu’ils semaient ce jour, à grand peine, serait mûre dès le lendemain. Effectivement, lorsque les soldats arrivèrent le jour d’après, les paysans commençaient la récolte. Les poursuivants leur demandèrent s’ils avaient croisé un religieux et ceux-ci s’empressèrent de répondre qu’ils avaient bien vu l’homme décrit alors qu’ils étaient en train de semer. Les soldats romains en déduisirent que l’avance de Cornély était telle qu’ils ne leur restaient plus qu’à renoncer. La légende raconte que le saint homme, caché non loin de là, saisit cette opportunité pour les pétrifier. Les alignements de Carnac ne seraient autres que ces malheureux figés à tout jamais. Saint Cornély, devenu plus tard le Saint Patron des bêtes à cornes, est célébré chaque année en septembre. Cette tradition remonte à l’époque moyenâgeuse où pour christianiser une fête païenne - la foire aux bestiaux - on l’associa au Grand Pardon, procession chrétienne annuelle à l’issue de laquelle les pauvres pécheurs confessaient leurs erreurs. Désormais, on pouvait les voir défiler avec leurs bêtes qu’ils allaient faire bénir à la fontaine Saint Cornély avant de les mener à la foire pour être vendues. L’avantage était double puisqu’au-delà du pardon des fautes commises, un animal béni valait plus cher qu’un autre : une bonne affaire en somme !
 
 
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  Les dolmens  
  Les dolmens apparaissent aujourd’hui dans le paysage breton sous la forme étrange de pierres verticales recouvertes d’une dalle de plusieurs tonnes. Mais ceci n’est qu’une infime partie d’un ensemble beaucoup plus complexe, malheureusement mis à nu et souvent pillé au fil des siècles. A l’origine, les dolmens étaient constitués d’une ou plusieurs chambres funéraires auxquelles on accédait par un couloir, le tout enseveli sous un amas de pierres, le cairn. C’est là que les hommes primitifs enterraient leurs morts. Les allées couvertes symbolisaient le cheminement entre le monde des vivants et celui des morts, deux univers extrêmement proches à une époque où il n’y avait pas de différence fondamentale entre le sommeil et la mort. Il fallait, par conséquent, établir des barrières afin que les uns ne viennent empiéter sur le territoire des autres, et surtout que les morts ne viennent pas hanter le monde des vivants. C’est pourquoi ces chambres funéraires étaient scellées par des blocs de pierres. De la sorte, le défunt, s’il lui en était venu l’idée, n’avait aucune chance de pouvoir soulever la très lourde dalle qui recouvrait l’ensemble. De plus, les corps étaient de toute façon placés sur le ventre, vers la terre et les ténèbres et on enterrait les bras et les pieds afin de contrarier toute tentative de fuite. Certains couloirs d’accès étaient coudés afin que l’intrépide défunt qui eut choisi de prendre ce chemin, s’y perde. Enfin un menhir érigé à proximité de la tombe, comme l’impressionnant "Géant" du Manio, six mètres cinquante de haut, situé à l’ouest des alignements de Kerlescan près de Carnac, délimitait clairement le domaine de chacun.
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  Les Tumulus  
  Vivant en permanence entre la réalité quotidienne très prégnante et le monde des Esprits, l’homme primitif avait un grand respect pour le corps des défunts. La mort n’était pas une fin en soi mais, au contraire, l’étape suprême vers une seconde vie.
Le dolmen de Crucuno, Plouharnel, France
Le dolmen de Crucuno
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
Le rite solennel organisé autour du corps n’était autre qu’un moyen d’amener le trépassé vers sa nouvelle existence ; les offrandes étaient donc nombreuses : haches, bijoux, poteries, mobiliers, ossements de bovidés, animal sacré. Les personnages de grande importance étaient enterrés sous de majestueuses montagnes artificielles : les tumulus. Il s’agissait de monuments bâtis à la gloire des puissances supérieures. À ce jour, le plus grand tumulus, jamais découvert en France, est le tumulus Saint Michel, avec ses cent vingt-cinq mètres de long, soixante mètres de large et douze mètres de haut. Difficile d’imaginer que sous cette paisible colline se cache un tombeau somptueux. Il ne se visite malheureusement plus, pour des raisons de sécurité. Mais il n’en reste pas moins un site panoramique de choix pour embrasser la région du regard. Ce lieu païen fut christianisé au XVIIème siècle lorsqu’une chapelle y fut édifiée. Détruite plusieurs fois, la chapelle fut finalement reconstruite en 1926. À une époque où la mer était è un tel point effrayante que les habitations étaient construite à l'intérieur des terres, les épouses de marins venaient prier pour que leurs maris trouvent des vents favorables. Elles balayaient le logis et envoyaient les poussières dans la direction des vents choisis pour protéger leurs hommes.
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  Invitation au voyage...  
  Monuments politico-religieux ? Lieux de rassemblements pour des célébrations festives ? Réponse à un culte astronomique ? Les indices restent maigres et les questions encore sans réponse, à ce jour. Pas d’écrits, aucun vestige archéologique sous les menhirs pour permettre d’étayer les nombreuses hypothèses. Comment expliquer, en effet, la présence de ces milliers de pierres alignées formant comme un serpentin géant, sur plusieurs kilomètres ? Et celle d’autres pierres que l’on sait immergées sous les vagues, érigées à une époque où le niveau de la mer était bien inférieur à celui d’aujourd’hui ? Le paysage déchiqueté et tourmenté de cette magnifique côte sauvage porte, en effet, le témoignage de l’ampleur de ces monuments. Nous l’avons échappé belle. Le pillage a heureusement pu cesser grâce à un homme. En 1836, Prosper Mérimée, Inspecteur Général des Monuments Historiques, s’intéresse enfin à l’histoire de ces pierres levées et en 1889, l’État intervient pour racheter les propriétés puis classe le lieu dans la liste des "Monuments Historiques". Finalement, un homme passionné, Zacharie le Rouzic, y travaillera de façon remarquable et incessante, jusqu’en 1939. C’est donc à la passion de quelques uns, très pugnaces, que nous devons de ne pas avoir perdu, à tout jamais, la chance de découvrir, un jour prochain, le grand secret des alignements mégalithiques de Carnac.


 
 
 
 
 
Carnac, une forêt de menhirs, France

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