Sept 2008
Dans ce numéro :
Vaux le Vicomte, le Palais du Soleil
Vaux le Vicomte, Paris, France
Une ascension fulgurante
Nicolas Fouquet remplit sa mission avec une redoutable efficacité. Il trouve l’argent tant escompté et continue par une succession d’opérations plus ou moins opaques . . .
Vaux, un monument à sa gloire
Fouquet a la chance des audacieux et sa fortune lui donne accès à des crédits considérables . . .
Le Palais du Soleil

Son plus cher désir, faire de son vieux manoir de Vaux un chef d’œuvre architectural . . .

L’Ecureuil, la Couleuvre et le Roi Soleil
Dans chaque pièce de ce splendide monument, l’emblème de la famille se présente sous la forme d’un petit animal vif et curieux . . .
Une fête pour marquer sa fidélité
En cette fin d’après-midi du 17 août 1661, Monsieur et Madame Fouquet accueillent le roi . . .
Statue de Nicolas Fouquet, Paris, France

Vaux le Vicomte, Paris, France onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de consacrer notre lettre d’information à un des plus beaux châteaux de France, situé à cinquante cinq kilomètres au sud de Paris. Bien au-delà de son élégance et de sa beauté, ce monument est unique car il lui a suffi d’une seule belle soirée d’été pour entrer dans la postérité. Son histoire, c’est avant tout celle du maitre des lieux que la bonne étoile sous laquelle il semblait être né quitta en ce soir du 17 août 1661 : Nicolas Fouquet, Surintendant des Finances du roi Louis XIV et heureux propriétaire du château de Vaux le Vicomte.

Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
Un bel avenir
Un bel avenir semble s’offrir au jeune Nicolas Fouquet en cette année 1635, il a vingt ans à peine lorsqu’il entre dans la magistrature. Cinq ans plus tard, il devient maître des requêtes, charge aussi prestigieuse qu’onéreuse. A vingt sept ans, il est nommé intendant à l’armée du Nord.
Vue aérienne de Vaux le Vicomte
  Vue aérienne de Vaux le Vicomte
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Audacieux, brillant et ambitieux, le jeune homme jouit de la vie avec une simplicité déconcertante. Tout ce qu’il entreprend est un succès. Il a tout juste trente ans lorsque le Cardinal Mazarin le prend à son service. Sa mission : remplir les caisses vides du royaume. Nicolas Fouquet est un jeune homme confiant mais lucide ; il a bien compris la nécessité d’être proche du pouvoir pour poursuivre son ascension. C’est pour cette raison qu’il fait l’acquisition d’une première demeure à Saint-Mandé. Son jardin attenant au château de Vincennes lui permet d’être plus proche de son maître, mais aussi du jeune roi et de la reine mère. C’est pour cette même raison que quelques années plus tard il choisit le vieux château de Vaux, situé sur la petite commune de Maincy pour en faire sa demeure. Chaque été, la Cour séjourne non loin de là à Fontainebleau. Si à l’époque la Cour avait été à Versailles, nul doute que Fouquet aurait choisi Versailles !
Le nerf de la guerre : l’argent

Les impôts à eux seuls ne suffisent pas pour remplir les caisses du royaume et d’autres stratagèmes sont imaginés. C’est ainsi que moyennant finance les très riches bourgeois peuvent acquérir un titre de noblesse ou une très honorable charge au Parlement. On peut également acheter par lettre de cachet l’arrestation d’un membre de sa famille, pour peu qu’il soit un peu fou ou simplement encombrant. Il faut dans ce cas régler toutes les dépenses inhérentes à son enfermement car le jour où l’on cesse de verser la "pension" du malheureux, celui-ci est aussitôt relâché sans attacher d’importance à sa dangerosité ou aux raisons de son enfermement. L’important est que l’argent rentre dans les caisses du royaume. Les emprunts de l’état sont multiples, mais la crédibilité du Cardinal Mazarin à la tête de la France, alors que Louis XIV n’est encore qu’un enfant, se réduit à peau de chagrin au fil du temps. Pour accomplir cette difficile besogne de collecte de fonds, le cardinal choisit Nicolas Fouquet, un homme brillant mais surtout riche et par conséquent crédible. Nul doute que l’on n’hésitera pas à lui prêter l’argent que l’on refuse à un roi bien trop pauvre et à un cardinal dont l’honnêteté est jugée plus que douteuse.

Vaux le Vicomte, Paris, France
Recette septembre 2008  
Crumble au saumon
Facile à faire...
Temps de préparation et cuisson : 45 minutes
Pour 4 personnes
Cliquez ici pour lire la recette du crumble au saumon en anglais.
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Cooking SOS! Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à Chef@FranceMonthly.com


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Vaux le Vicomte, Paris, France L'histoire de France Monthly
Une ascension fulgurante
  Nicolas Fouquet remplit sa mission avec une redoutable efficacité. Il trouve l’argent tant escompté et continue par une succession d’opérations plus ou moins opaques - à une époque où les moyens de contrôle sont quasi inexistants- de remplir les caisses du royaume tout en n’omettant pas de laisser quelques pièces tomber dans les poches du cardinal et les siennes au passage. Riche il était, plus riche encore il devient lorsque sa première épouse meurt en donnant naissance à leur petite fille.
Vue des Jardins de Vaux le Vicomte
Vue des Jardins de Vaux le Vicomte
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Elle lui laisse un héritage considérable. La même année, son père décède également. Ce double héritage lui permet d’acquérir un château aux allures féodales situé sur la petite commune de Maincy dans un immense parc abrité par des murailles. Fouquet devient seigneur et vicomte de Vaux le 1er février 1641. Il ne transforme pas son château immédiatement mais continue d’acheter des terres faisant raser ni plus ni moins quetrois villages aux alentours pour agrandir son domaine. Dans le même temps, sa carrière progresse d’une manière fulgurante. Respectable Procureur général au Parlement en 1651, encore plus riche l’année suivante grâce à la dot conséquente que lui apporte sa seconde épouse, en février 1653, Fouquet devient ministre d’état et Surintendant des Finances du roi Louis XIV.
 
 
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Vaux, un monument à sa gloire
 
  Fouquet a la chance des audacieux et sa fortune lui donne accès à des crédits considérables. Il ne lui manque plus qu’une demeure digne de sa position sociale, ce sera Vaux. Il fait appel aux plus grands maîtres de l’art français de l’époque :
Fontaine dans les jardins
Fontaine dans les jardins
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Louis Le Vau, architecte de talent travaillant déjà pour le roi au Louvre et à Vincennes ; le peintre Charles Le brun dont les tableaux et peintures décoratives sont déjà très recherchées dans la société parisienne ; enfin André le Nôtre, jardinier du roi aux Tuileries. Les travaux débutent en 1657 et très vite les rumeurs d’un chantier démesuré circulent. Fouquet comprenant qu’un peu de discrétion serait peut-être judicieux préconise de mettre des portes et de les maintenir fermées et de faire le maximum pour que les travaux avancent "avant la saison où tout le monde se rend à la campagne". On compta jusqu’à dix huit mille ouvriers sur le chantier pour lesquels il fit même construire un hôpital. Une manufacture de tapisserie fut créée pour répondre aux seuls besoins du château (si rentable que Colbert en fera la Tapisserie des Gobelins). On devine aisément à quel point il fut difficile de garder le secret. Un jour que le roi se plaignait à son frère que les travaux du Louvre n’avançaient pas assez vite, celui-ci lui répondit "Sire, il faut que Votre Majesté se fasse Surintendant des Finances pendant seulement un an et elle aura de quoi bâtir".
 
 
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Le Palais du Soleil
 
  Son plus cher désir, faire de son vieux manoir de Vaux un chef d’œuvre architectural et un lieu de paix dédié aux Arts et aux Lettres. Il souhaite y recevoir ses protégés parmi lesquels figurent La Fontaine, Molière, Corneille, ses amis dont Mademoiselle de Scudéry et Madame de Sévigné font partie, mais aussi et surtout le roi.
Le Grand Salon Ovale
Le Grand Salon Ovale
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Le problème est que Fouquet, aveuglé par sa réussite sociale et fidèle à la devise familiale "Quo non ascendet" (jusqu’où ne montera-t-il pas ?), ne prit jamais conscience qu’il dépassait la mesure. Il voulait une demeure splendide, ornée de dorures, de tapisseries, de peintures, de sculptures et de statues édifiées à sa gloire. Comme il était à la mode de le faire, Le Brun utilisa la mythologie et les allégories pour célébrer le surintendant : Hercule symbolisait sapuissance, Apollon son esprit et son goût des arts, et les Muses sa fidélité au Roi. Un somptueux salon ovale devait s’ouvrir sur un immense et magnifique jardin à la française. Bien que ce fut sa première création, Le Nôtre accomplit de véritables prouesses tant esthétiques que techniques pour offrir aux visiteurs le spectacle de longues allées rectilignes tout en perspective encadrant de merveilleux parterres de fleurs et d’arbustes, ornées de bassins ravissants, de jets d’eau gigantesques et de grottes creusées dans la colline. Une pure merveille et un véritable chef-d’oeuvre !
 
 
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  L’Ecureuil, la Couleuvre et le Roi Soleil  
  Dans chaque pièce de ce splendide monument, l’emblème de la famille se présente sous la forme d’un petit animal vif et curieux : l’écureuil. Dans un des cabinets pourtant, on peut voir des petits écureuils effrayés poursuivis par des couleuvres. Fouquet reconnait aisément sous les traits de la couleuvre son ennemi Colbert. Les deux hommes sont extrêmement intelligents, mais c’est bien là leur seul point commun. Colbert est tout ce que Fouquet n’est pas : un être taciturne, besogneux, aigri et jaloux. Malheureusement pour lui, Fouquet n’évalua jamais à sa juste mesure la haine et par conséquent la menace que représentait le très fidèle et trop proche ministre du Roi, pas plus qu’il n’entendit l’avertissement pourtant explicite de Louis XIV lorsqu’au lendemain de la mort de Mazarin le souverain déclarait à ses ministres : "Messieurs, je vous ai fait venir pour vous dire que jusque là j’ai laissé conduire mes affaires par le défunt cardinal. Il est temps désormais que je gouverne moi-même". Le naïf Fouquet ne changea rien à ses habitudes et son manque de clairvoyance lui fut fatal. Il ignorait en effet que chaque jour Colbert contrôlait et rendait compte au roi des "erreurs de calcul" du Surintendant qui continuait de faire quelques profits en cachette d’un roi qui pour sa part n’aspirait qu’à une chose, la puissance absolue.
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  Une fête pour marquer sa fidélité  
  En cette fin d’après-midi du 17 août 1661, Monsieur et Madame Fouquet accueillent le roi. Tout est prêt dans les moindres détails pour recevoir les six mille invités. La visite débute par une promenade dans les jardins. On parcourt avec bonheur les allées, on s’extasie devant les jets d’eau, les fontaines et les cascades, on s’émerveille devant la grotte.
Vaux le Vicomte de nuit
Vaux le Vicomte de nuit
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Puis on pénètre dans le château par l’immense salon ovale pour prendre une collation. Une loterie est tirée et tous les invités gagnent, les femmes des bijoux et les hommes des armes. Tandis que Le Brun explique le sens des allégories peintes sur les plafonds, Vatel s’affaire pour le dîner. Bien trop heureux de plaire à son roi, Fouquet ne voit pas que le souverain trouve les pièces trop grandes, le mobilier trop riche, les tapisseries tissées d’or trop belles, les peintures trop évocatrices de la puissance du maitre des lieux, et que derrière son sourire complaisant il se réjouit d’avance du mauvais coup qu’il a réservé à son hôte. Enfin, l’heure du dîner arrive et comble du luxe et de la modernité, le festin sera donné dans une salle dite "à manger". Les mets les plus délicats sont servis dans de magnifiques services en argent et en vermeil. De mauvaises langues parleront de vaisselle en or. La soirée se poursuit par un feu d’artifice et une pièce jouée par Molière et sa troupe, "les Fâcheux". A deux heures du matin le roi donne le signal du départ. Une gerbe de fusées jaillit du dôme central du château illuminant le ciel. Fouquet n’a rien oublié et comme la tradition le veut, il offre son château au roi qui contre toute attente...refuse !
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  Invitation au voyage...  
  L’histoire de ce magnifique château de Vaux le Vicomte est à tout jamais liée à la vie d’un homme trop riche, trop doué, mais aussi trop confiant. Fouquet était maître dans l’art de vivre et la soirée du 17 août 1661 en fut l’éclatante démonstration mais elle fut aussi la goutte qui fit déborder le vase pour un roi qui ne supportait pas que l’on puisse être plus riche et plus puissant que lui. Louis XIV ne se contenta de priver son ministre de la liberté, il lui déroba tout ce que celui-ci avait de plus précieux. Quelques jours après son arrestation organisée bien avant la célèbre soirée, le dallage en marbre banc et noir de Vaux prit le chemin du Louvre, plusieurs dizaines de gros marronniers furent déracinés et transplantés au Trianon, une multitude de carpes furent péchées dans les bassins pour remplir les fontaines de Marly. Tout ce que Louis XIV vit à Vaux ce soir là, il s’en inspira pour Versailles. Il lui fallait un palais encore plus grand, encore plus somptueux et pour ce faire il lui prit ses artistes, Le Vau, Le Brun et Le Nôtre. Il se fit également réserver les objets les plus précieux, les tapisseries, les étoffes, les meubles, les vases, treize mille volumes de l’extraordinaire bibliothèque qui en comptait vingt sept mille.

Notre chance aujourd’hui est qu’après avoir échappé à la folie destructrice de la révolution française, après bien des vicissitudes et plusieurs décennies d’abandon, le château de Vaux le Vicomte appartient à une famille qui depuis la fin du XIXème siècle travaille sans relâche à la conservation de ce patrimoine extraordinaire. Sa visite est un vrai bonheur et un passage obligé pour bien comprendre l’origine du château de Versailles. Je vous invite à consulter le site http://www.vaux-le-vicomte.com/en/accueil.php car de nombreuses fêtes sont organisées. Elles permettent aux visiteurs de revivre ce passé glorieux dont l’extraordinaire et fatale soirée du 17 Août. Sa reconstitution est en effet prévu leS 14 et 15 Août 2009.


 
 
 
 
 
Vaux le Vicomte, Paris, France

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