Juin 2008
Dans ce numéro :
Aix-en-Provence, la ville aux cent fontaines
Aix-en-Provence, la ville aux cent fontaines, France
Un cours à carrosses
On est au milieu du XVIIème lorsque les notables de la ville, membres du prestigieux parlement, décidèrent le percement d'une avenue . . .
L'Hôtel d'Espagnet
Parmi ces magnifiques demeures qui longent le cours Mirabeau, il en est une qui attire particulièrement le regard . . .
L'Hôtel d'Albertas

De nombreux hôtels particuliers méritent que l'on s'attarde, ici un mascaron particulièrement expressif, là un balcon en fer forgé . . .

La ville aux cent fontaines
Aix est une ville d'eau et les nombreuses fontaines qui trônent sur les petites places ombragées ou déversent leur eau bienfaisante . . .
L'atelier de Cézanne
En passant devant le collège Mignet, on apprend que c'est dans la cour de récréation qu'une profonde amitié est née entre . . .
Le bon roi René, Aix en Provence, France

Aix-en-Provence, la ville aux cent fontaines, France onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de vous emmener au cœur de la Provence et de vous faire visiter une ville charmante située à 35 kilomètres au Nord de Marseille : Aix en Provence. Réputée pour ses eaux thermales, Aix est aussi une ville d'ambiance aux couleurs chaudes où il fait de toute évidence bon vivre. Lorsque l'on est simplement de passage, il fait bon y flâner et partir à la découverte de la multitude de trésors architecturaux qu'elle recèle.
Des eaux bienfaisantes
Depuis les temps les plus reculés, comme de nombreuses villes de Provence, Aix a été frappée par les aléas de l'histoire : invasions barbares, guerres impitoyables, épidémies dévastatrices. Mais dès l'Antiquité la ville d'origine, située alors un peu plus au nord du site actuel, c'est à dire à quelques lieues de la Montagne Sainte Victoire, a su tirer profit des sources d'eaux chaudes et froides auprès desquelles les premiers habitants s'étaient installés.
La Fontaine de la Rotonde, France
  La Fontaine de la Rotonde
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
Les premiers peuples gaulois, les Salyens, avaient la certitude que ses eaux permettaient aux femmes de donner naissance aux enfants les plus beaux et les plus forts de la terre. Lorsqu'en l'an 123 avant J.C., Sextius Calvinus, consul romain venu prêter main forte aux Marseillais avec lesquels les Salyens étaient en conflit permanent, vint à bout de ces impénitents gaulois, c'est sur ces lieux mêmes qu'il fit établir une garnison romaine et fonda la ville d'Aix. Pendant toute l'époque gallo-romaine la cité jouit d'une excellente réputation de station thermale et connut un essor considérable. Les invasions barbares vinrent à plusieurs reprises au fil des siècles perturber un destin pourtant prometteur. En 960, les Sarrasins envahirent une nouvelle fois la Provence mais ce fut aussi la dernière car les Comtes de Provence, conscients de la menace qui pesait sur leurs biens, s'organisèrent enfin pour lutter avec efficacité contre ces barbares et les repoussèrent à tout jamais avec succès. A l'aube du Moyen Age, Aix renaissait de ses cendres et une nouvelle cité se développait autour de sa cathédrale.
Le "bon roi René"

Lorsque le roi René s'installa dans son palais comtal à Aix, il avait de grands projets d'urbanisme pour cette ville qu'il affectionnait particulièrement. Aix était déjà une ville universitaire importante peuplée d'érudits et de lettrés. On y étudiait le droit, la théologie et la médecine. Il y ajouta une touche de poésie, faisant venir des artistes, des écrivains, et aussi des peintres et des sculpteurs flamands et italiens qui contribuèrent notamment à l'embellissement du Palais Comtal et achevèrent la construction de la cathédrale. Le roi René était aimé des Aixois car sous son règne, la prospérité de la ville ne cessa de croitre. Néanmoins, lorsqu'il mourut le 10 juillet 1480, les habitants furent consternés d'apprendre que leur roi avait légué la Provence à son neveu Charles III dont le propre héritier n'était autre que Louis XI, roi de France. Ainsi lorsque Charles perdit lui aussi la vie deux ans plus tard, la Provence fut de fait, au grand désespoir des habitants, rattachée au royaume de France. Néanmoins, les Aixois conservèrent un certain nombre de leurs franchises. Mais, lorsque vingt ans plus tard, la ville se dota d'un Parlement, la blessure n'était pas encore tout-à-fait refermée, et à compter de ce jour les magistrats de cette prestigieuse cours de justice n'eurent de cesse de défendre les privilèges provençaux face à la politique centralisatrice des rois de France.

Aix-en-Provence, la ville aux cent fontaines, France
Recette juin 2008  
Tarte à la tomate
Simple et bon...
Temps de préparation et cuisson : 40 minutes
Pour 4 personnes
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Aix-en-Provence, la ville aux cent fontaines, France L'histoire de France Monthly
Un cours à carrosses
  On est au milieu du XVIIème lorsque les notables de la ville, membres du prestigieux parlement, décidèrent le percement d'une avenue qui relierait le quartier Mazarin au sud de la ville à la ville comtale située plus au nord. Ils voulaient une voie nouvelle digne de la capitale de la Provence qu'était Aix à l'époque. Pour cela, ils définirent des règles d'urbanisme strictes n'autorisant notamment que la construction d'hôtels particuliers. Cette jolie avenue bordée d'ormes serait réservée aux nobles exclusivement.
Le Cours Mirabeau, France
Le Cours Mirabeau
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Parés de leurs plus beaux atours, ils pourraient ainsi venir s'y promener pour ne pas dire parader à une époque où l'on cultivait l'art de paraître. C'est ainsi qu'en 1730, un pauvre marchand empruntant le cours avec son âne écopa d'une amende de douze livres pour son insolent méfait. Aucun commerce n’y était autorisé. Il fallut attendre 1748, soit près d'un siècle pour que la première dérogation soit obtenue. Le sieur Hugues, limonadier de son état, demanda à ouvrir un café. Après discussion, le Conseil de la Ville accepta cette requête, ce qui faillit provoquer une véritable émeute dans le quartier. Le cours d'Orbitelle devint le cours Mirabeau en 1876.
 
 
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L'Hôtel d'Espagnet
 
  Parmi ces magnifiques demeures qui longent le cours Mirabeau, il en est une qui attire particulièrement le regard. Elle abrite aujourd'hui le Tribunal de Commerce mais à l'origine l'hôtel d'Espagnet appartenait à un homme qui avait bâti sa fortune avec le commerce de la laine, Pierre Maurel.
L'Hôtel d'Espagnet, France
L'Hôtel d'Espagnet
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Sa fulgurante ascension sociale ne suffisait pas au riche et ambitieux bourgeois car ce qu'il désirait plus que tout, c'était un titre de noblesse, mais un vrai. Celui qu'il obtint lorsqu'il fut nommé Auditeur à la Cour des Comptes ne le satisfit pas tout-à-fait. Par cette fonction, il faisait désormais partie de la "noblesse de robe", celle accordée par le roi à ceux qui avait les moyens de se l'offrir. Vendre ce titre aux plus fortunés permettait en effet au monarque de combler leur ego tout en remplissant les caisses du royaume. Pierre Maurel voulait faire partie de la "vraie noblesse", celle dont l'origine perdue dans la nuit des temps était militaire, reconnue pour faits d'armes et bravoure : la "noblesse d'épée". Il l'obtint grâce à sa troisième épouse, Diane de Pontevès dont il s'appropria le nom. Pierre Maurel de Pontevès n'avait plus désormais qu'à acquérir une demeure princière digne de son nouveau rang. C'est ainsi qu'il fit construire ce magnifique hôtel particulier dont il fit orner la façade de deux superbes atlantes soutenant un balcon. Il exigea que ces atlantes soient les seules de la ville à apparaître ainsi de face. Comme il était très riche et très influent, on respecta sa demande. C'est ainsi que si sur certaines façades de la ville on peut admirer de superbes atlantes, on peut également constater qu'elles se présentent toutes dans une position différente.
 
 
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L'Hôtel d'Albertas
 
  De nombreux hôtels particuliers méritent que l'on s'attarde, ici un mascaron particulièrement expressif, là un balcon en fer forgé arborant le blason de la famille jadis propriétaire, ou encore une porte en noyer magnifiquement sculptée.
L'Hôtel d'Albertas, France
L'Hôtel d'Albertas
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Et si l'on pousse cette porte il est probable que l'on puisse admirer à l'intérieur des trésors architecturaux et picturaux de toute beauté. Il est une autre demeure que l'on découvre en flânant dans les rues de la ville et dont l'histoire mérite d'être contée : l'Hôtel d'Albertas. 1745, on est à une époque qui met en valeur celui qui possède le plus bel, le plus imposant, le plus riche hôtel particulier de la ville. Le Marquis Henri-Rainaud d'Albertas fait partie de ces notables extrêmement influents de la région. Les membres de sa famille sont au Parlement depuis sept générations. Ce puissant magistrat fait construire un magnifique hôtel particulier rue Espariat. Il déplore toutefois que les maisons situées de l'autre côté de la rue obstruent la vue de ses fenêtres. Après vingt années de tractations il parvient à les racheter et les fait démolir. Sans plus attendre il y fait construire une place en forme de demi-cercle. C'est désormais face à ses fenêtres une véritable scène de théâtre de plein air qui s'offre à sa vue et sur laquelle il fera donner des représentations dont il pourra jouir de son balcon.
 
 
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  La ville aux cent fontaines  
  Aix est une ville d'eau et les nombreuses fontaines qui trônent sur les petites places ombragées ou déversent leur eau bienfaisante au détour d'une ruelle charmante en sont le merveilleux témoin. C'est ainsi que la "Fontaine des Quatre-Dauphins", comme mise en scène au centre de la petite place sur laquelle elle se dresse, vient rappeler qu'au milieu du XVIIème siècle les fontaines ne remplissaient plus seulement un rôle utilitaire en étant discrètement adossées contre un mur. Elles pouvaient désormais être érigées au centre d'une place et devenir ainsi un véritable élément du décor urbain. La "Fontaine des Neuf Canons" sur le Cours Mirabeau, construite en 1691 servait d'abreuvoir pour les troupeaux en transhumance selon une servitude due à la ville d'Arles. La "Fontaine Moussue" est plus ancienne encore. Lorsqu'elle fut érigée en 1667, la vasque supérieure était soutenue par quatre angelots. Elle l'est toujours mais un phénomène de calcification a fait que les angelots ont disparu. L'hiver on peut voir la vapeur s'échapper car l'eau qui se déverse à la particularité d'être tiède. La mousse enrobe la fontaine un peu plus chaque année. Enfin la gigantesque "Fontaine de la Rotonde" érigée en 1860 pour marquer l'entrée principale de la ville. Douze superbes lions semblent protéger les trois statues qui représentent de façon allégorique les trois villes principales de Provence : Aix, Marseille et Avignon. Le centre historique compte vingt sept fontaines, nul doute que chacune a une histoire à raconter.
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  L'atelier de Cézanne  
  En passant devant le collège Mignet, on apprend que c'est dans la cour de récréation qu'une profonde amitié est née entre deux très grands artistes, l'écrivain Emile Zola et le peintre Paul Cézanne.
La montagne Sainte Victoire, France
La montagne Sainte Victoire
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
Emile Zola est fils d'immigré italien. Son allure, son fort accent font du collégien la tête de turc de ses camarades de classe. Paul Cézanne prend sa défense. Les années passent, le premier à une revanche à prendre sur la vie, il monte à Paris et invite son ami à le rejoindre. Paul Cézanne, issu d'une famille bourgeoise aisée, est un solitaire et la vie parisienne ne lui réussit pas, il revient toujours dans la bastide familiale, le Jas de Bouffan. En novembre 1901, il fait l'acquisition d'une petite propriété de campagne (sur les hauteurs de la ville aujourd'hui). La demeure offre selon lui le plus haut et le plus beau point de vue sur la montagne Sainte Victoire qui le fascine et dont il peindra quarante quatre huiles. De plus, il a en tête un immense tableau aujourd'hui célèbre et pour lequel il lui faut beaucoup d'espace, "les baigneuses". Il aménage l'endroit qu'il veut entièrement dévolu à sa peinture décidant de tout dans les moindres détails, l'exposition Nord/Sud, la couleur des murs, jusqu'au parquet. Il ne veut pas de couleurs trop vives pour ne pas interférer avec ses peintures. Il y viendra chaque jour dès les premières heures du matin jusqu'au soir ceci jusqu'à la fin de sa vie, quatre ans plus tard. Aujourd'hui grâce à l'initiative de deux jeunes étudiants américains en histoire de l'art, James Lord et John Rewald qui après avoir racheté la propriété l'on offerte à la ville, on peut visiter ce lieu mythique. Tout est en place comme autrefois, il semble que Cézanne peut entrer à tout instant et se mettre au travail.
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  Invitation au voyage...  
  Aix est une très jolie ville de Provence. Impossible de définir ce qui fait vraiment son charme. Le plaisir que l'on ressent en arpentant les rues provient peut-être du reflet ocre et chaud des demeures construites en pierre de Bibémus, la pierre du pays ? Peut-être cela provient-il des fontaines que l'on croise sur le chemin et qui fleurent si bon la Provence ? Au début du XIXème lorsque la Révolution Industrielle bouleverse le monde, la petite ville d'Aix se plait à croire qu'il s'agit là d'un simple phénomène de mode et qu'il sera éphémère. La "belle endormie" ne change rien. Alors, dans l'univers moderne qu'est le nôtre aujourd'hui, peut-être n'est-on pas insensible à ce charme d'antan ? Chaque quartier, chaque coin de rue recèle un trésor d'architecture, dévoile une charmante histoire d'amour ou révèle la vanité d'une riche notable. Et puis il y a tant de choses à voir encore, la Cathédrale Saint Sauveur mélange de style roman et gothique car elle n'a jamais été détruite mais agrandie au fil des siècles ; la Place de l'Hôtel de Ville et sa magnifique Halle aux Grains qui remonte au temps où le blé était soumis à une taxe. La Tour de l'Horloge, le plus ancien monument de la ville (1510), une des portes de la ville au Moyen Age avec son horloge astronomique et son clocher en fer forgé pour que le mistral puisse s'y engouffrer et repartir comme il est venu. Et puis enfin, la Place Richelm et son marché ; car la Provence c'est aussi cela : le marché avec ses couleurs chatoyantes et ses odeurs entêtantes. Autrefois les paysans y étalaient leurs légumes sur des bancs pour les vendre. Un de ces bancs était appelé le "banc du roi" car la légende raconte que lorsque les rois de Naples perdirent leur royaume, ils étaient devenus si pauvres qu'ils devaient venir vendre les légumes en provenance de leur jardin comme de simples maraîchers. Aix c'est tout cela à la fois : une ville où l'on cultive aujourd'hui l'art de vivre d'autrefois !


 
 
 
 
 
Aix-en-Provence, la ville aux cent fontaines, France

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