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onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de dédier notre lettre d'information à une route mythique
empruntée il y a moins de deux cents ans par un grand personnage de l'histoire de France
et ses fidèles soldats : la Route Napoléon. Trois cent trente kilomètres reliant
Golfe Juan (près d'Antibes au bord de la Côte d'Azur) à Grenoble dans les Alpes
que l'empereur et ses hommes ont parcouru à pied dans des conditions effroyables en seulement
six jours et selon son vœu le plus cher, sans un coup de feu tiré et sans une goutte de sang
versée. C'est l'histoire de cette extraordinaire épopée que nous avions envie
de vous faire partager.
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Le souverain de l'Ile d'Elbe
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Mai 1814, l'histoire de France est une nouvelle fois bouleversée. Louis XVIII, frère
du roi Louis XVI, fait son entrée à Paris ; Napoléon déchu et condamné
à l'exil embarque pour l'Ile d'Elbe. Il n'est pas seul. Si tous ses fidèles soldats n'ont
pas été autorisés à l'accompagner, plusieurs centaines de volontaires formant
le "bataillon Napoléon" ont choisi de le suivre.
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Reconstitution de l'arrivée à Golfe Juan
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Lorsqu'il arrive à Portoferraio, il reçoit un accueil plus que chaleureux.
Le maire veut même lui offrir la clé de la ville. Comme il n'y en a pas,
il lui remet la clé de sa cave qu'il a fait dorer spécialement pour
l'occasion. Voilà une île minuscule désormais gouvernée par
un des plus grands souverains au monde. Pendant les dix mois que dure son exil, Napoléon
administre l'île de main de maître et la modernise comme il est sait si bien
le faire. Mais tout de même, il se sent un peu à l'étroit. Très
vite, ces "vacances" forcées l'ennuient d'autant plus que ses espions ne lui
rapportent pas de très bonnes nouvelles de la France. Plus le temps passe et plus
les difficultés du roi Louis XVIII croissent. Ceux qui avaient dû fuir pendant
la révolution sont de retour, ils réclament la restitution de leurs biens,
exigent le licenciement de vingt mille soldats de la garde impériale, veulent faire
proscrire le drapeau tricolore et interdire la Marseillaise. Les soldats mis à la retraite
malgré eux, et dont le seul métier est de faire la guerre, regrettent amèrement
leur empereur. Les français attachés aux acquis de la Révolution
s'inquiètent. Napoléon comprend qu'il est de son devoir de rentrer.
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Un secret bien gardé
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Le cercle des personnes tenues au courant de son projet de retour est extrêmement
restreint : sa mère et sa sœur Pauline qui l'ont rejoint sur l'Ile d'Elbe, deux
de ses fidèles généraux, Bertrand Drouot et Cambronne, qui eux aussi
l'ont suivi dans l'exil, enfin Joachim Murat, son beau-frère et roi de Naples qui
attend les ordres pour agir et Fleury de Chaboulon, auditeur au Conseil d'Etat, qui,
grâce à sa position a pu informer régulièrement Napoléon
des évènements qui se déroulaient en France. Le 26 février à
la nuit tombée, tandis qu'un bal est donné par Madame Mère et la princesse
Pauline, sept navires quittent le port dans le plus grand secret. La flottille contient 1100 hommes,
une centaine de chevaux, des armes et quelques canons. Seul Napoléon et ses deux
généraux connaissent la destination finale. Les autres se sont vus remettre une
lettre cachetée et ont reçu l'ordre d'attendre le lendemain pour l'ouvrir. Un
léger vent de panique souffle lorsqu'ils croisent un navire de guerre français.
Ne se doutant de rien, le bateau s'approche de l'Inconstant sur lequel Napoléon a embarqué
et le capitaine demande des nouvelles de l'empereur. Napoléon prend lui-même le porte-voix
pour répondre que "l'empereur se porte bien". Puis l'expédition poursuit sa route sans
encombre et le mercredi 1er mars 1815 atteint les abords de Golfe Juan. Les pêcheurs qui
se trouvent là n'en croient pas leurs yeux, l'empereur est de retour ! L'un d'entre eux
se précipite à l'eau pour amener la barque de l'empereur sur la terre de France.
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Recette mai 2008
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Gratin de fruits rouges au Sabayon
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Une arrivée surprise
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Napoléon connait les difficultés que rencontre le roi Louis XVIII. Il sait que bon
nombre de Français l'attendent. Néanmoins, même si quelques rumeurs circulent,
on ne croit pas vraiment à ce retour, en tout cas, pas à Paris. Alors, lorsque dans
les premiers jours du mois de mars la nouvelle parvient aux membres du Congrès "Bonaparte
s'est évadé de l'Ile d'Elbe !" la stupéfaction est à son comble. Les
conjectures concernant l'objectif final de l'empereur déchu vont bon train. Où veut-il
se rendre ? Un membre de l'assemblée, Metternich, a compris : "Messieurs" déclare-t-il
"Bonaparte n'a qu'un objectif, Paris !".
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Pont de la Reine Jeanne in Castellane
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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La panique s'empare de l'auditoire. Pour l'instant, Napoléon est encore loin de
la capitale. En ce premier jour du mois de mars, l'effet de surprise passé, il
a mis un pied sur la terre de France et après un discours solennel sur la plage,
il est acclamé. Il s'installe à l'ombre d'un olivier pour mettre au point
sa stratégie. Il veut en effet regagner Paris, mais souhaite y parvenir sans avoir
à tirer un seul coup de feu. Il lui faut rallier la population à lui et
surprendre l'armée du roi. Deux voies s'offrent à lui, suivre la direction
de Marseille pour remonter ensuite vers Lyon, ce sera plus long mais plus facile, ou bien
passer par la montagne. Emprunter la Route des Alpes ne se fera pas sans difficulté,
mais les chances de croiser les troupes du roi se trouveront considérablement réduites.
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Regagner Paris au plus vite
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Avant d'entreprendre cette longue et périlleuse marche vers Paris, Napoléon
aimerait rallier à lui la garnison de la forteresse toute proche à Antibes.
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Statue de Napoléon à Laffrey
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Cela pourrait lui être fort utile, et ne devrait pas être très difficile
puisqu'il y a là quelques appuis de taille. Il décide d'envoyer son chef de
bataillon. Ce dernier a pour mission de fraterniser avec la garnison et de remettre deux
lettres. La première écrite par le Général Drouot et demandant
un rendez-vous à son ami le Général Corsin qui, bien que désormais
au service du roi a, on le sait bien, conservé un profond respect envers l'empereur.
La seconde est destinée au directeur des fortifications, le colonel Paulin. Elle a
été écrite par le général Bertrand Drouot, autrefois son
supérieur et qui n'a pas oublié les larmes versées par le colonel le
triste jour de l'abdication de l'empereur à Fontainebleau il y a moins d'un an. Rallier
la garnison à la cause de l'empereur permettrait de passer par la voie rapide, celle de
Marseille, et ne manquerait pas de faire souffler un vent de panique aux Tuileries. Malheureusement,
les deux hommes sollicités sont absents ce jour là et les quatre officiers chargés de
cette délicate mission sont faits prisonniers. Napoléon décide malgré ce premier
écueil de continuer. C'est décidé, il passera par la montagne.
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Un précieux missionnaire
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Napoléon confie à Cambronne la mission d'avancer en éclaireur et de trouver
le ravitaillement. "Je ne veux pas que ma couronne coûte une seule goutte de sang. Va ! Je compte
sur ta sagesse" confie-t-il à son fidèle général avant le départ
de celui-ci. Cambronne enfourche son cheval et part sans escorte oubliant même qu'il pourrait
bien faire de mauvaises rencontres sur la route. Il ne trouve pas toujours l'accueil souhaité.
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Montagne Féraud à Chauffayer
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Néanmoins son charisme et sa force de persuasion lui permettent d'obtenir toujours les
rations qu'il réclame, même auprès des plus royalistes. Il faut que le
peuple et le roi sachent que Napoléon revient en force. Alors il bluffe et réclame
au maire de Cannes 3500 rations de pains (pour en fait mille sodats), de viande, douze voitures
à quatre colliers, plusieurs conducteurs et des chevaux. La ruse fonctionne si bien qu'il
n'hésite pas à gonfler ce chiffre exigeant 5000 rations auprès du maire de
Castellane et 6000 à celui de Sisteron. Il est si convaincant et efficace que certains maires
impressionnés refusent même tout paiement. L'empereur, lui, a intimé l'ordre de
ne jamais laisser passer quiconque en avant de sa ligne. Alors, lorsque le Prince Honoré de
Monaco qui arrivait de Paris croise sa route, le général prend l'ordre de Napoléon
à la lettre et le fait immédiatement arrêter. Il faudra l'arrivée de
Napoléon quelques heures plus tard pour que le malheureux soit libéré. Mis à
part quelques excès de zèle comme celui-ci, Cambronne remplit parfaitement sa mission.
Il est certainement celui grâce auquel Napoléon une semaine plus tard pénètrera
dans Grenoble sous les acclamations.
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Un accueil mitigé |
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La nouvelle d'une expédition maritime accostant sur les plages de Golfe Juan atteint
très vite la riche ville de Grasse. Certains craignant le retour des pirates, dont ils
ont eu à souffrir cruellement des méfaits par le passé s'enfuient dans
la montagne. Lorsque chacun apprend qu'il s'agit de l'empereur, les esprits se détendent
et ce sera ainsi sur tout au long du chemin. Certains commerçants par prudence ou par
opposition choisissent de fermer boutique au passage des troupes, mais petit à petit le
peuple s'approche de l'empereur et n'hésite pas à lui faire part de ses doléances
qu'il écoute avec intérêt et bienveillance. Les maires royalistes qui ne veulent
pas le recevoir préfèrent quitter leur commune plutôt que de s'opposer à
lui. La résistance est plutôt faible. Le maire de Sisteron, fidèle au roi, exhorte
pour sa part ses concitoyens à lutter contre l'usurpateur et à manifester leur
dévouement à la Patrie et au Roi. En fait, il se heurte à l'indifférence
quasi générale de la population. A Gap, le préfet prévenu fait imprimer
une proclamation mettant en garde les habitants contre l'arrivée de "l'homme qui a coûté
à la France et à l'Europe tant de sang et de larmes". Mais les habitants, informés
de la façon pacifique avec laquelle se déroule l'avancée de Napoléon, lui
réservent un accueil chaleureux. Le préfet juge opportun de prendre la fuite. Cambronne
a parfaitement rempli sa mission. Napoléon pénètre et quitte la plupart des villes
et des villages aux cris de "vive l'empereur".
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La route des Alpes
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Fin stratège, Napoléon sait qu'il faut faire vite et profiter de l'effet
de surprise pour déjouer toute tentative d'attaque de l'armée ennemie.
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Lac Pierre Chatel, Route Napoléon
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Alors, il préfère suivre les mauvais chemins de la montagne. Saint Vallier de Thiey,
Seranon, Castellane, Barrême, la route est longue et périlleuse. Les hommes portent
sur le dos un "barda" de près de quarante kilos. Lorsque la neige commence à tomber,
la couverture mouillée alourdie encore plus leur encombrant paquetage. L'expédition
avance avec difficulté. Il faut dire que les soldats se sont vu remettre une paire de souliers
réglementaires avec un pied unique (pas de chaussure droite ou gauche) et trois tailles seulement.
La paille qu'ils ont utilisée pour rembourrer les bouts assure un bien piètre confort.
L'ascension est si difficile et périlleuse, qu'au Col des Escragnoles, une mule qui transportait
une partie de l'or, fait une chute dans un ravin. La légende raconte que quelques années
plus tard un paysan qui s'était enrichi rapidement avait ouvert une auberge avec de l'argent dont
on ignorait l'origine. Les hommes sont épuisés, les quelques brèves haltes que
l'empereur concède pour dormir un peu permettent aux retardataires de rattraper le groupe. A
certains endroits, la difficulté est telle qu'elle rappelle à certains le terrible
souvenir de la campagne de Russie.
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Invitation au voyage... |
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Mais voilà, l'audacieux pari n'est pas encore gagné. En une semaine, Napoléon
et ses grognards –nom qu'il donna à ses fidèles soldats en Pologne en 1807 alors que
ceux-ci ne cessaient de se plaindre du froid et de la faim- ont parcouru plus de 300 kilomètres
à pied. Le but, Grenoble, n'est plus qu'à une vingtaine de kilomètres lorsque
Cambronne informe l'empereur que l'armée du roi l'attend aux portes d'un petit village, Laffrey
et que ses tentatives de négociation sont restées vaines. L'heure est grave.
Napoléon ordonne à ses grognards de glisser leurs armes sous le bras en signe de leur
volonté de ne pas combattre et décide d'avancer seul. "Soldats, s'il est parmi vous un soldat
qui veut tuer son Empereur, il peut le faire. Me voici !" Moment de vive émotion, l'inquiétude
s'installe, elle est de courte durée lorsque tout à coup les hommes hurlent d'une même
voix "vive l'Empereur !" Ce ne sont pas mille mais plus de deux mille hommes qui désormais marchent
vers Grenoble où Napoléon fait une entrée triomphante sous les acclamations de la
population.S'il est un peu dommage aujourd'hui que l'urbanisation ait quelque peu brouillé
les pistes, et si la route actuelle n'est plus tout-à-fait conforme à ce qu'elle
était il y a moins de deux siècles avec ses mauvais chemins, ses torrents, ses ponts
de bois, le périple n'en demeure pas moins intéressant. Il offre aux amateurs de
randonnées de belles promenades en perspective et aux plus paresseux qui choisissent
de parcourir la Route Napoléon en voiture de jolis panoramas. L'histoire est si belle
qu'elle vaut vraiment le détour.
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