 |
|
|
|
|
onjour!
ce mois-ci alors que je me promenais à Paris au cœur du Quartier Latin, mes
pas m'ont amené jusqu'aux marches de ce monument aux allures de temple grec
qui se dresse sur la montagne Sainte Geneviève. L'histoire de ce lieu
emblématique m'a tellement fascinée que je ne peux résister au
désir de vous raconter à mon tour les circonstances exceptionnelles de
sa construction et les raisons pour lesquelles la vocation de l'édifice fut
maintes fois bouleversée, selon que la France fut un royaume ou une république :
Entrons au Panthéon !
Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information
déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe
en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
|
 |
 |
|
La promesse d'un souverain à l'agonie
|
En août 1744, Louis XV est à Metz auprès de ses armées
engagées dans la guerre de succession d'Autriche lorsqu'il est pris d'une
forte fièvre. Un mal mystérieux l'envahit et les espoirs de survie
sont si minces que les derniers sacrements lui sont prodigués. Dans ses
prières, le souverain promet d'édifier une église dédiée
à Sainte Geneviève, la sainte patronne de Paris, si Dieu lui fait la
grâce de lui laisser la vie.
 |
 |
| |
Voltaire inhumé dans la crypte
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
Quelques semaines plus tard, miracle, le mal disparaît et le roi recouvre
peu à peu la santé ! Pourtant les années passent et aucune
église ne voit le jour. Le roi voudrait bien tenir sa promesse mais après
des années de guerre contre l'Autriche puis contre la Prusse et l'Angleterre
(qui déboucha entre autre sur la perte pour la France de ses colonies
d'Amérique et d'Inde), les caisses du royaume sont vides. Les conditions de vie
des Français sont si misérables qu'il est impossible d'envisager une
augmentation des impôts. Casanova, plus connu dans la mémoire collective
pour ses légendaires dons de séducteur que pour ses talents de financier
va pourtant faire une proposition au roi de France. Il a une idée de génie
pour remplir les caisses ...
|
 |
|
Le loto au Siècle des Lumières
|
|
Pourtant le règne de Louis XV avait commencé sous d'excellents
auspices. Lorsqu'en 1723, Louis XV prend les rênes du royaume à
l'âge de 14 ans, la France est prospère. Le jeune roi a toute la
confiance de son peuple et la noblesse est ravie, après des décennies
d'austérité et de défiance à son égard, de
retrouver toute sa place à la cour désormais de retour à Paris.
Les salons mondains se multiplient et l'on y discute beaucoup en savourant un
délicieux breuvage venu tout droit des colonies espagnoles : le chocolat.
Un groupe de philosophes décide de réaliser un ouvrage dans lequel les
connaissances de tous les temps seraient réunies afin de faire la lumière
sur les découvertes : Les superstitions et les croyances naïves cèdent
progressivement la place au progrès grâce à l'Encyclopédie.
En ce siècle des Lumières, lorsque l'on est bien pensant et surtout riche,
on a l'esprit à la fête, au plaisir et aux jeux d'argent. Alors, lorsque
vers 1760, il faut remplir les caisses du royaume vidées par des années de
guerre, Casanova suggère au roi de tirer profit de cet engouement pour un jeu en
particulier : la loterie. Si le jeu existe depuis longtemps, la nouveauté et
l'idée de génie consiste à prélever un pourcentage sur le
prix de chaque billet acheté et de le reverser à l'état. Louis XV
est séduit, le loto national est né et le succès est tel qu'il ne
faut pas très longtemps pour réunir les fonds nécessaires à
la construction de cette église promise depuis si longtemps maintenant.
|
|
 |
Recette Mars 2010
|
|
 |
 |
Gâteau au citron
|
 |
 |
 |
|
Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
|
|
|
|
|
|
 |
 |
Une église aux allures de temple grec
|
 |
| |
Près de quinze années ont passé et Louis XV peut enfin
honorer Sainte Geneviève. Le roi désire une église moderne
bâtie dans le style architectural néoclassique plébiscité
en ce milieu du XVIIIème et largement inspiré d'une nouvelle volonté
de retour à l'Antiquité. Il confie cette mission à Jacques-Germain
Soufflot, un architecte qui a étudié l'Antiquité et connaît
bien l'Italie.
Soufflot dresse les plans d'une église qui sera surmontée d'un
 |
 |
A l'intérieur du Panthéon
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
|
dôme et ressemblera à un temple grec avec des colonnes, un fronton,
un portique et à l'intérieur la forme d'une croix grecque avec ses
quatre branches égales en longueur et en largeur. Mais le clergé
réfute les plans d'une église qui n'aurait pas la forme d'une croix
latine. Soufflot doit revoir sa copie et décide d'allonger une travée
d'une vingtaine de mètres afin de casser ce cube virtuel pas catholique du tout.
Cette difficulté surmontée, il doit faire face à l'instabilité
du sol argileux sur lequel l'édifice sera bâti. Lorsque le 6 septembre 1764,
soit six ans après le début des travaux, Louis XV vient enfin poser la
première pierre symbolique de l'édifice il met le pied sur des fondations
qu'il a fallu renforcer au moyen de milliers de piliers en bois.
|
|
 |
| |
Une église en pleine Révolution française
|
|
| |
L'édifice peut enfin sortir du sol, mais les détracteurs sont
nombreux remettant constamment en question la solidité du lieu. Combien
de temps faudra-t-il pour que le monument ne s'affaisse pas dans le sol ou que
le dôme ne s'écroule sur les fidèles ?
 |
 |
Vue de Paris du Panthéon
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
Les difficultés ne manquent pas, les critiques non plus mais le chantier
avance. Triste coup du sort, le 29 aout 1780 Soufflot décède. Son
assistant Jean-Baptiste Rondelet lui succède et décide de respecter
les volontés de son maître. Dix ans plus tard les travaux sont enfin
terminés ; l'édifice surplombe le quartier, splendide et majestueux
avec ses immenses colonnes et ses deux portes de neuf tonnes chacune destinées,
à l'image des grecs anciens, à ne s'ouvrir qu'à l'occasion des
grandes cérémonies. L'intérieur aussi rappelle un temple grec
avec ses immenses colonnes corinthiennes et son dôme gigantesque de 10 000 tonnes.
Mais le clocher, les croix et les quarante deux fenêtres qui laissent
pénétrer la lumière divine rappellent qu'il s'agit bien d'une
église. Il ne reste plus qu'à la consacrer. Mais voilà, en 1790
la France est en pleine Révolution et consacrer une église en cette
période de profonde tourmente et d'anticléricalisme viscéral
est impensable !
|
|
  |
| |
|
|
| |
Un lieu pour les grands hommes de la nation
|
|
| |
Les Révolutionnaires décident alors de faire de ce Panthéon non
pas un "lieu pour les Dieux" mais un lieu pour les grands hommes qui auront servi la
nation. Tous les symboles rappelant la vocation religieuse du site disparaissent et
trente huit des quarante deux fenêtres sont obstruées car la lumière
ne doit pas pénétrer dans un lieu de recueillement.
 |
 |
A la gloire des héros français
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
Le premier homme que l'Assemblée pense "panthéoniser" est Voltaire.
Toute sa vie, le poète et philosophe n'a-t-il pas dénoncé les
injustices subies par l'humanité et les dogmes des religions ? Oui mais
problème, Voltaire n'a jamais remis en question la monarchie ! On renonce donc...
pour l'instant ! Le 2 avril 1791, Mirabeau meurt. Voici un grand révolutionnaire
qui disparaît. Il entre donc en grande pompe au Panthéon. Trois mois plus
tard, après d'âpres discussions et treize ans après sa mort, Voltaire
devient le deuxième homme " panthéonisé ". Quelques mois plus tard
une correspondance secrète entre Mirabeau et le roi de France est découverte.
Le corps du traitre ressort du Panthéon et est jeté dans une fosse commune.
Pendant la Révolution, sept personnes sont "panthéonisées", cinq
d'entre elles ressortent presque aussi vite qu'elles sont entrées. Quand le calme
revient enfin, deux personnes seulement reposent au Panthéon : Voltaire et
Jean-Jacques Rousseau, deux personnages aux antipodes des révolutionnaires.
|
|
  |
| |
|
|
 |
| |
Eglise ou Panthéon au gré des intérêts des gouvernants
|
|
| |
En tant qu'Empereur, Napoléon ne peut se fâcher avec l'église. Il
décide de redonner à la partie haute de l'édifice sa vocation
religieuse tandis que la crypte demeure lieu de sépulture des dignitaires de
l'Empire. Un escalier est construit pour accéder à la crypte sans passer
par la partie redevenue sacrée. Louis XVIII ne veut pas entendre parler de
Panthéon, il souhaite redonner à l'édifice tout entier son
caractère religieux. Mais que faire des quarante deux personnes désormais
inhumées au sous-sol ? Comment imaginer Voltaire et Jean-Jacques Rousseau dans
une église ? Des panneaux de bois sont installés pour cacher les deux
philosophes anticléricaux. Charles X, roi des Français, redonne le
monument aux Français qui redevient ainsi Panthéon. Le 6 décembre 1851,
le futur Napoléon III rend le monument à l'Eglise et l'édifice restera
une église jusqu'à la mort de Victor Hugo en 1885, date à laquelle il
redeviendra Panthéon pour pouvoir "panthéoniser" l'écrivain. Il ne va
pas sans dire qu'à chaque changement de vocation le lieu fut transformé. On
y ajoutait des peintures et des sculptures selon qu'il était Panthéon ou bien
qu'il redevenait église et retrouvait ses attributs sacrés.
|
|
  |
| |
Le droit des citoyens français
|
|
| |
Aujourd'hui le Panthéon semble avoir trouvé sa vocation pour
l'éternité et tout un chacun peut potentiellement entrer au
Panthéon à condition d'être français et que la
demande ait été faite par une tierce personne.
 |
 |
Convention Nationale : vivre libre ou mourir !
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
Ces deux impératifs respectés, quelques formalités demeurent : il faut
être né entre 1789 et aujourd'hui ; être mort et ceci depuis au moins
dix ans (le temps de s'assurer que la personne n'a pas démérité) ; le
nom du défunt doit être connu et il faut détenir tout ou partie de son
corps. A toute règle son exception : Voltaire et Jean-Jacques Rousseau étaient
morts bien avant la Révolution ; les "Justes" (ainsi sont nommés les
français qui pendant la seconde guerre mondiale n'hésitèrent pas à
cacher des juifs) ont été panthéonisés de leur vivant. On ne
le connaît pas et pourtant une émouvante sculpture honore le soldat inconnu et
tous les soldats de la Première guerre mondiale ; Saint Exupéry fut
panthéonisé à titre honorifique bien que l'on ne retrouva jamais son corps.
|
|
 |
| |
Invitation au voyage... |
|
| |
Au-delà de son histoire et des 73 personnalités qui reposent actuellement
dans la crypte, le Panthéon est un monument grandiose dans la ligné de celui
d'Agrippa à Rome. Ce chef d'œuvre d'architecture se visite tous les jours avec entre
autres des visites-conférences en anglais. De plus, depuis la colonnade
extérieure du dôme, vous pouvez profiter d'un large panorama sur Paris. Enfin
ne manquez pas le pendule de Foucault qui tout simplement prouve la rotation de la terre...
Bonne visite !
|
|
  |
| |
|
|
| |
|
|
|
 |
|