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onjour!
nous avons choisi de revenir ce mois-ci sur cette jolie petite île bretonne que nous
avions évoquée il y a quelques mois : Belle-Ile en Mer. Nous n'en avions pas
terminé la visite tant elle est riche d'histoire. En effet, lorsque les bateaux
s'approchent de l'île et de son port principal, le premier regard des marins se porte
immanquablement à tribord, vers le long corps de bâtiments protégé
par d'impressionnantes murailles qui surplombe la mer. La citadelle Vauban, site
emblématique de l'île, rassure et démontre l'importance militaire du site
autrefois.
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Une forteresse inachevée
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En 1549, bien décidé à en découdre avec les pirates une bonne fois pour toute,
le roi Henri II dépêcha le duc François de Rohan, lieutenant général de
Bretagne, à Belle-Ile. Sa mission fut d'édifier une forteresse digne du royaume de France,
un véritable rempart à tout envahisseur d'où qu'il vienne.
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Vue aérienne de la citadelle
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Il faut dire qu'à cette époque, le système de défense est quasi
inexistant et se résume au modeste château construit au XIème siècle
par les moines bénédictins. Les pirates sont donc comme chez eux. Lorsqu'un
quart de siècle plus tard, Charles IX confia la responsabilité de l'île
au marquis de Gondi, c'est un fortin carré flanqué de quatre bastions pentagonaux
que ce dernier découvrit à son arrivée. Il poursuivit alors les
aménagements, fit agrandir le bâtiment militaire, entoura la première
enceinte d'un chemin de ronde, et fit construire une seconde enceinte qu'il redoubla d'un
fossé. Le château d'origine prit alors de sérieuses allures de forteresse.
Nicolas Fouquet, cinquième marquis de Belle-Ile entreprit à son tour des travaux
considérables pour améliorer les systèmes de défense. Malheureusement
arrêté le 5 septembre 1661 à Nantes sur ordre du roi Louis XIV, peut-être
jaloux de sa trop grande réussite, il ne put terminer les travaux et quinze années
plus tard, l'invasion d'une flotte Hollandaise vint irrémédiablement confirmer les
faiblesses de la forteresse.
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Cinquante quatre ans de bons et loyaux services
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Sébastien Le Pestre de Vauban entre dans la carrière des armes à l'âge
de 17 ans. Recruté par le Prince de Condé, alors engagé dans la Fronde contre
le pouvoir royal, le jeune militaire change de camp en 1653. A compter de ce jour, il va suivre le
roi dans ses campagnes et participer à de nombreux sièges au cours desquels il va
observer. En fait, tout l'intéresse : l'hydraulique, la mécanique, la terre et... les
hommes. Il va étudier avec minutie les faiblesses des places assiégées,
dénoncer l'inexpérience des hommes, l'ambition destructive des généraux
et les innombrables gâchis. En proposant des solutions pragmatiques à ces défaillances,
il va révolutionner l'art de faire la guerre. Il va travailler à l'amélioration des
systèmes de défense dans le but premier d'économiser des vies humaines car Vauban
est avant tout un humaniste. Louis XIV va faire de lui le grand ordonnateur de toutes les constructions
militaires du pays et il remaniera ainsi cent trente places fortes et en construira une trentaine. C'est
ainsi que les frontières françaises terrestres et maritimes sont bordées de ces
citadelles massives à la forme étoilée si caractéristique de ce génial
ingénieur !
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Recette mars 2008
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Quatre quarts aux pommes
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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Vauban à Belle-Ile
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Lorsque Vauban, commissaire général des fortifications du royaume, débarque pour
la première fois à Belle-Ile en mars 1683, c'est une véritable forteresse qui se
dresse devant lui. Néanmoins, en observateur assidu et ingénieur avisé, il s'attache
à relever toutes les imperfections. Son verdict est sans appel, il faudrait tout raser et reconstruire.
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Entrée du Port du Palais
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Mais les budgets qui lui sont accordés ne lui permettent que de modifier l'existant.
D'une manière générale, sa stratégie consiste à multiplier,
à partir du corps de place, les ouvrages extérieurs afin de retarder toute
tentative d'invasion ennemie et résister en attendant des renforts. C'est ce qu'il va
faire à Belle-Ile et à l'issue de ces transformations la citadelle va apparaître
avec son plan étoilé que l'on connaît aujourd'hui et prendre sa forme
définitive, à une exception près. En effet, dès son arrivée,
Vauban prévoit dans ses plans la construction d'une enceinte urbaine bastionnée.
Son objectif est clair : assurer une plus grande protection à la population, mais aussi
rendre plus difficile toute tentative de siège simplement en accroissant grâce
à cette enceinte le périmètre à cerner. Malheureusement, faute de
crédits, celle-ci ne sera construite que bien plus tard, au XIXème siècle
sous le Second Empire, à une époque où la modernisation de l'artillerie
aura rendu son efficacité obsolète et où la place aura perdu tout
intérêt stratégique.
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Les douze empoisonneuses
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Le 22 février 1680, madame "la Voisin" est brûlée en place de Grève à Paris.
Ses crimes sont effroyables. Elle est accusée d'avoir fabriqué et vendu des poisons,
pratiqué des avortements, et organisé des messes noires au cours desquelles des nouveaux
nés et des enfants ont été sacrifiés.
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Les remparts de la citadelle
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Mais l'horreur est à son comble lorsque l'on apprend que des personnes tout-à-fait
honorables ont participé à ces cérémonies démoniaques. Parmi
elles, un nom circule : Madame de Montespan, favorite du roi Louis XIV. Lorsque le roi apprend
que sa maîtresse lui a fait avaler des poudres mystérieuses destinées à
le rendre plus amoureux, il est horrifié. Il fait même arrêter les procès
intentés au douze complices de la Voisin car il n'envisage pas une seconde qu'une histoire
aussi épouvantable puisse s'ébruiter dans tout le royaume et peut être même
au-delà des frontières. Les douze empoisonneuses, dont la fille de la Voisin, sont
déportées le plus loin possible des portes du royaume et Belle-Ile est choisie.
Elles sont enfermées dans les sombres cachots de la citadelle Vauban. Une seule jeune
femme en ressortira vivante mais pour être transférer dans une autre prison.
Les onze autres sont mortes à petit feu dans leurs minuscules cellules insalubres
et obscures. L'affaire dérange tellement, que lorsque Vauban arrive à Belle-Ile en
mars 1683, les femmes sont bien là, et pourtant, il n'en fera jamais mention dans
aucun de ses rapports.
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Une défaite plus qu'honorable
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Le Chevalier de Sainte Croix, commandant de l'île en 1761, entreprend les travaux de
consolidations que Vauban n'avait pu accomplir faute de moyen. Or c'est déjà trop tard.
La France s'est engagée dans un nouveau conflit avec les Anglais.
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Cour principale de la Citadelle
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L'invasion est imminente car pour ces derniers, Belle-Ile est hautement stratégique.
Prêts militairement, et surtout parfaitement informés par leurs espions de la
topographie du site, ils débarquent à Locmaria (petit port à l'Est de
l'île) le 22 avril. Les soldats français tentent de faire face, mais la puissance
de feu ennemie est telle, qu'ils doivent se replier dans la citadelle. Près de dix
mille soldats anglais prennent alors position autour de la ville et commence alors un
interminable siège. Le chevalier de Sainte Croix fait appel au duc d'Aiguillon,
commandant en chef du gouvernement de Bretagne. Mais ce dernier, persuadé que la
citadelle est imprenable n'envoie jamais de renforts. Plus d'un mois s'est écoulé
lorsque les anglais parviennent à ouvrir une brèche dans la muraille sud, front
plus vulnérable, et pénètrent à l'intérieur de
la forteresse. Conscient que la cause est perdue, le Chevalier de Sainte Croix résiste
encore quelques jours puis de guerre lasse, finit par hisser le drapeau blanc. Le 11 juin, les
anglais assistent alors au spectacle insolite d'un chef sortant par la brèche ouverte la
tête haute suivi de sa garnison dignement alignée et jouant tambour battant. Face
à tant de courage, les vaincus purent se consoler avec les honneurs de la guerre que leur
accorda l'ennemi magnanime.
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Le château Blanqui |
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Le XIXème siècle marque la vocation de prison de la forteresse lorsqu'en 1848,
un pénitencier est construit au nord de la citadelle. On y enferme alors des prisonniers
politiques : Barbès, Blanqui, révolutionnaires et pères fondateurs
du socialisme français. Depuis qu'il est étudiant, la vie d'Auguste Blanqui
oscille entre conspirations contre la monarchie et emprisonnements. En fait, l'idéaliste
passera la plus grande partie de sa vie enfermé. En novembre 1850, il est écroué
à Belle-Ile et y restera sept années. En novembre 1857, il prépare
son évasion avec la complicité de sa mère. La vieille femme remet de
l'argent à un pécheur pour qu'il aide son fils à s'échapper et
l'emmène le plus loin possible. Mais le pécheur, bon citoyen ou peut-être
avide de gain, cache le fugitif puis prévient l'administration pénitencière.
Blanqui est rattrapé et retourne en prison. La légende raconte qu'avec l'argent de
sa trahison le pécheur se fit construire une magnifique demeure que l'on a appelé le
"château Blanqui". L'histoire n'a jamais révélé le nom du pécheur,
et le lieu où il construisit son petit château. Les méchantes langues ont
tendance à ajouter qu'il y a beaucoup de "châteaux Blanqui" à Belle-Ile.
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Une villa de vacances
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Pendant de nombreuses années, la citadelle servira de prison. Les malheureux
locataires seront tour à tour allemands pendant la première guerre mondiale
et les réfugiés espagnols en 1936.
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Vue du port depuis la citadelle
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Au cours de la deuxième guerre mondiale, les allemands en seront maîtres. Il faudra
attendre la fin des hostilités pour que la citadelle soit déclassée
de sa vocation militaire puis finalement laissée à l'abandon. Lorsqu'en 1960,
les dix hectares de propriétés et quatre kilomètres de murailles sont
mis en vente aux enchères par l'Administration des Domaines. La végétation
a totalement recouvert ce qui n'est plus qu'un amas de ruine. Lorsque Monsieur et Madame
Larquetoux, deux touristes amoureux de vieilles pierres en font l'acquisition le 12 août 1960,
le site est dans un tel état d'abandon qu'ils pensent avoir acheté une grande
villa en bord de mer qu'il va leur falloir réaménager. C'est en défrichant
qu'ils découvrent alors qu'ils sont propriétaires d'un domaine absolument exceptionnel.
Pendant quarante cinq ans, la passion va les entraîner dans un travail de restauration sans
commune mesure. Avec l'aide d'un architecte, historien de la fortification, ils vont relever une
à une les pierres et redonner au site toute sa splendeur.
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Invitation au voyage... |
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En 2005, Monsieur et Madame Larquetoux passent le relais à un autre passionné
du patrimoine, Monsieur Philippe Savry. Aujourd'hui, le site magnifiquement restauré
réserve à celui qui franchit le passage voûté de la porte du donjon une
multitude de surprises. Car au delà des murailles, des bastions, et des casemates, la
citadelle est aussi un musée d'histoire où les mille ans de tourmente du lieu
vous sont admirablement contés à travers des expositions permanentes ou provisoires
et des concerts. Ce qui se dégage de ce lieu est surtout une atmosphère envoûtante
et la sensation bien réelle que les pierres ont une " âme ". Mais la citadelle Vauban,
c'est aussi un hôtel extraordinaire. Avez-vous jamais imaginé dormir dans une chambrée
de soldats de luxe ou déjeuner à la Table du Gouverneur ? Si vous voulez ajouter à votre
visite à Belle-Ile un caractère unique et insolite, réservez votre chambre à
l'hôtel-musée de la citadelle. L'ancienne infirmerie fait office de réception, des
petits salons aménagés pour la détente vous attendent, et les chambres avec vue
sur mer ne pourront que vous enchanter. L'ensemble décoré avec sobriété ne
manque certes pas d'élégance et de raffinement. Une expérience inoubliable dans un
lieu de caractère et de charme que je ne peux résister à l'envie de vous recommander !
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