 |
|
|
|
|
onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de dédier notre lettre d’information à un site de Provence absolument
magnifique et exceptionnel. Baigné de soleil ou balayé par le vent, le village qui apparait à
flanc de rocher, dominé par les murailles d’une forteresse médiévale, a été
classé parmi les Plus Beaux Villages de France : Les Baux de Provence. Situés à environ
vingt-cinq kilomètres au sud d’Avignon et à quinze kilomètres au nord-est d’Arles, les Baux
de Provence sont l’une des merveilles du sud de la France.
|
 |
 |
|
Les Alpilles
|
Ces petites Alpes ne sont ni très hautes ni très longues : moins de 500 mètres
d’altitude sur environ trente kilomètres. Mais en les franchissant, le visiteur pénètre
dans un univers étrange, surréaliste, et découvre une Provence jusqu’alors inconnue.
 |
 |
| |
Les Alpilles en Provence
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
Alors que l’on sillonne les routes ensoleillées de cette belle région de France, on
s’émerveille devant les champs de lavande au parfum entêtant, on admire ces prairies
parsemées de fleurs multicolores, on se régale de ces chemins bordés d’oliviers
centenaires, voire millénaires, et de ces vignes s’étendant à perte de vue. En
franchissant la porte des Alpilles, un tout autre spectacle s’offre au regard. Sur les routes sinueuses
de cette petite chaîne de montagnes, les pins et les cyprès font peu à peu place
à un monde minéral chaotique composé de pierres aux formes monstrueuses,
rongées par l’érosion et le vent. Au fur et à mesure que l’on avance dans ce
paysage tourmenté, nous sommes envahis par une nouvelle sensation, celle d’avoir franchi les
portes de la demeure de quelque sorcier, lutin ou fée maléfique. Ces derniers, glissés
derrière un rocher ou cachés dans l’une de ces grottes profondes, pourraient bien surgir
subitement au détour d’un lacet pour se venger de notre intrépide intrusion. Nul doute,
nous avons franchi les limites du « Val d’Enfer ».
|
 |
|
Le château des Baux
|
|
Emergeant de cet univers fantasmagorique, planté là, tel un décor hors du temps
et de toute civilisation, se découpe dans la roche la silhouette des ruines du château
médiéval des Baux de Provence. Il est aisé de comprendre pourquoi ce site
fut un lieu de refuge dès les temps les plus reculés de la préhistoire, et devint
ensuite un site stratégique important pour les puissants seigneurs qui s’y succédèrent
au moyen-âge. « Baux » tire son origine du provençal « Baou » et signifie « escarpement
rocheux en forme d’éperon ». C’est sur cet éperon de huit cents mètres de long, lieu
d’observation et de défense naturel idéal, arrimé au flanc sud des Alpilles, qu’au
XIIIème siècle les seigneurs des Baux, très puissants seigneurs de Provence,
décidèrent d’édifier un château couronné d’un donjon. Le rocher de calcaire sur
lequel allait être implantée la forteresse servit de carrière ; c’est de là que
furent directement extraites les pierres nécessaires à sa construction. C’est
également dans cette roche tendre, appelée molasse, que furent creusées les
premières maisons qui entouraient le château.
|
|
 |
Recette mars 2007
|
|
 |
 |
Lotte à la Provençale
|
 |
 |
 |
|
Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
|
|
|
|
|
|
 |
 |
« Au hasard, Balthazar ! »
|
 |
| |
Les seigneurs des Baux prétendaient descendre du roi mage Balthazar. Une fois ses offrandes
déposées aux pieds de l’enfant Jésus, la légende raconte que le mage
aurait poursuivi son chemin en suivant l’étoile du berger.
Le bel astre aux seize rais d’argent l’aurait mené jusqu’aux Baux de Provence, où il aurait
 |
 |
Les Baux de Provence au printemps
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
|
fondé la dynastie. C’est ainsi que les seigneurs des Baux firent de l’étoile à seize
rais leur emblème et de « Au hasard, Balthazar » leur devise. Descendants de Balthazar ou non,
ils laissèrent pour la plupart le souvenir de seigneurs belliqueux et guerriers, plus soucieux
d’étendre leur emprise sur la Provence, parfois à n’importe quel prix, que du bien-être
des villageois des vallées environnantes. Au temps de ces rebellions, la forteresse en forme de
vaisseau de pierre, quoiqu’impressionnante et imprenable autrement que par la ruse, servit souvent de place
forte et subit de nombreux sièges. Les Baux de Provence furent le théâtre de nombreux
conflits qui ensanglantèrent la région jusqu’au démantèlement du château en 1631.
|
|
 |
| |
Le fléau de la Provence
|
|
| |
Parmi ces seigneurs belliqueux, Raymond de Turenne laissa un souvenir particulièrement douloureux.
Oncle d’Alix, dernière héritière des Baux, il en devint en 1386 le tuteur peu affectueux.
 |
 |
Dans les rues du village
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
En conflit avec le pape Clément VII qu’il accusait de l’avoir dépossédé
d’un héritage, il fit du château de sa protégée son repaire et, prenant
la tête d’une bande de brigands, écuma la région, pillant les villages, ravageant
les cultures, assassinant quiconque se trouvait en travers de son chemin. Face à tant de
cruauté, le pape lui offrit 20 000 florins, espérant ainsi apaiser sa colère.
Mais rien n’y fit, et le monstre continua de perpétrer ses méfaits dans la région
pendant dix longues années encore. Désespéré, le sénéchal de
Provence fit appel au roi de France, qui envoya un détachement de soldats pour assiéger
le château. Acculé, l’homme et sa bande durent finalement capituler, et un traité
semblant mettre fin à tant de cruauté fut signé le 7 juillet 1397. Mais ç’eut
été sans compter sur la folie meurtrière du Vicomte de Turenne qui, deux ans plus
tard, recommença ses exactions. En 1400, il fut encerclé par des soldats à Tarascon et,
tentant de traverser le Rhône en sautant de barque en barque pour s’échapper, il tomba
à l’eau et se noya. Alix put enfin prendre possession de son domaine, qu’elle sut diriger de
main de maître à une époque très machiste où les femmes pourtant,
c’est bien connu, n’avaient pas d’âme.
|
|
  |
| |
|
|
| |
La Renaissance
|
|
| |
Par chance, toutes les époques ne furent pas si sombres. En 1528, le roi François 1er
nomma le connétable Anne de Montmorency Baron des Baux, en remerciement de son aide
lors des campagnes contre l’empereur du Saint Empire, Charles Quint, son ennemi juré.
 |
 |
Le château des Baux de Provence
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
Anne de Montmorency fit remettre en état et agrandir le château. Il y fit
également construire un immense pigeonnier à une époque où
seuls les seigneurs avaient le droit d’éever ces oiseaux et d’en déguster
la chair savoureuse. Les pigeons étaient également utilisés comme
messagers, dans la mesure où ils pouvaient transporter des missives rapidement et
sans risques d’interception. Il renforça les remparts, qu’il dota de larges fossés.
De nobles riches le suivirent aux Baux et se firent construire de splendides demeures è
l’architecture élégante et raffinée de style Renaissance, que l’on peut
encore admirer aujourd’hui : l’Hôtel de Manville, l’Hôtel des Porcelet, l’Hôtel
de Brion... Lorsque François 1er , invité au château des Baux en 1538, franchit
l’unique porte de la ville, la porte Eyguière, il pénétra dans une belle
cité de près de six mille habitants, agrandie, prospère et sûre. Mais
cette période de tranquillité fut malheureusement interrompue à partir de 1560,
lorsque les guerres de religion opposant catholiques et protestants firent des Baux leur bastion,
divisant et ravageant ainsi la région.
|
|
  |
| |
|
|
 |
| |
La Porte de L’Eau |
|
| |
La situation géographique et le système de défense de la citadelle rendait
celle-ci virtuellement imprenable. En cas de siège, les villageois venaient se réfugier
au château où étaient stockés nourriture et armes. Il n’y avait pas de
source au village : en tant de paix on allait chercher l’eau au vallon de la Fontaine, dans la vallée,
mais l’on savait également récupérer l’eau de pluie dans les citernes que l’on avait
creusées. Bien évidemment, en cas de siège, l’approvisionnement en eau devenait le
problème majeur. En 1630, Louis XIII et son ministre, le Cardinal Richelieu, tous deux soucieux de
mettre un terme à la puissance des seigneurs Provençaux, utilisèrent la ruse pour venir
à bout de la forteresse. A l’exception de quelques issues secrètes creusées dans la roche,
l’accès au château n’était possible que par la porte Eyguière, appelée aussi
Porte de l’Eau. C’est par cet accès que quelques soldats du roi, déguisés en femmes
porteuses d’eau, parvinrent à s’introduire à l’intérieur. Les villageois, épuisés
par vingt-sept jours de siège, ne leur opposèrent guère de résistance. Mais le destin de la
forteresse des Baux était définitivement tracé puisque l’année suivante, désireux
d’anéantir à tout jamais ce qui représentait un danger potentiel pour le royaume, Louis XIII fit
démanteler le château.
|
|
  |
| |
La légende de la Grossane
|
|
| |
Lorsque Balthazar suivit l’étoile aux seize rais d’argent jusqu’aux Baux, il n’arriva pas les mains
vides. Il avait en effet apporté avec lui quelques boutures d’une variété d’olivier,
la grossane, qu’il fit planter immédiatement au pied du rocher et dans la vallée.
L’arbre s’adapta parfaitement au climat provençal et donna de belles et généreuses olives.
Mais au moyen-âge, l’huile n’était pas seulement utilisée pour parfumer une délicieuse
 |
 |
Vue panoramique depuis les Baux
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
|
salade de tomate au basilic ; il arrivait qu’elle soit déversée bouillante sur la tête des
assaillants depuis les mâchicoulis du château. Or, les seigneurs des Baux avaient remarqué
que le point d’ébullition de la grossane était plus faible que celui des autres variétés
d’olives présentes dans la vallée. Ils exigèrent de leurs vassaux qu’ils cultivent cette
nouvelle variété dans leur oliveraie et que l’huile leur soit remise au titre de l’impôcirc;t.
Telle est la légende de la Grossane. Difficile alors d’imaginer que l’olivier, aujourd’hui
arbre emblématique de la Provence et symbole de la paix, ait pu être à une quelconque
époque de l’histoire utilisé à des fins aussi brutales et barbares.
|
|
 |
| |
Invitation au voyage... |
|
| |
Parcourir les ruelles bordées de maisons datant du moyen-âge, visiter les magnifiques
demeures Renaissance, pénétrer dans l’église Saint Vincent pour y admirer sa chapelle
creusée dans le roc au XIème siècle et y écouter l’histoire de cette charrette tirée
par un bouc lors de la « cérémonie du pastrage » sont autant de découvertes qui vous
ravirons. Mais ce n’est que lorsque vous aurez atteint les ruines de la forteresse que
vous pourrez réellement mesurer la puissance et la solennité du lieu et admirer ainsi,
du bord de la falaise, l’un des plus beaux panoramas de France. Un paysage à couper le
souffle qui portera votre regard aussi loin que la Camargue et Avignon. Il ne vous restera
alors qu’à redescendre. Vous ne serez pourtant pas au bout de vos surprises, car quelques
visites supplémentaires s’imposent, comme la découverte de la cathédrale d’images : immense
carrière creusée de main d’homme, aux parois hautes de plus de vingt mètres de haut, et qui
servent d’écrans géants naturels aux plus grands peintres de tous les temps. Paul McCartney
lui-même fut si émerveillé par l’audace et la démesure du lieu qu’il en fit une chanson :
« I owe it all to you ». Et puis, comment quitter la commune des Baux sans une petite
visite au moulin Castellas, un des huit moulins AOC de la région ? Vous y découvrirez
les huiles d’olives les plus fruitées et raffinées que vous ayez jamais goutées. Enfin,
n’hésitez pas, au dédale des chemins, à aller à la rencontre des vignerons qui, pour la
plupart, vous proposeront des vins biologiques de grande qualité.
|
|
  |
| |
|
|
| |
|
|
|
 |
|