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onjour!
ce mois-ci nous avons choisi de dédier notre newsletter à une ville de Normandie
absolument magnifique. La ville aux cent clochers, telle que la décrit Victor Hugo
dans un de ses poèmes, vaut sans conteste le détour pour tous ceux qui aiment remonter
le temps. Cette ville a pour nom Rouen et est située à 140 kilomètres (80 miles) de
Paris et environ une heure et trente minutes par autoroute.
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La Côte Sainte Catherine
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Petite colline située à l'entrée de la ville de Rouen, la Côte Sainte Catherine
est un moyen très agréable de découvrir la ville. Cinq cent vingt cinq marches
à gravir pour arriver au "sommet", cent quarante mètres de haut... Seulement, pourrait-on
dire. Oui, mais le panorama n'en est pas moins splendide :
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Rouen depuis la côte Ste Catherine
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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La ville s'offre généreusement en contrebas, la Seine ondule formant un très large
méandre, le point de vue est superbe. Une abbaye et son prieuré bâtis vers le
Xème siècle y servaient de halte aux voyageurs venus de Paris, à l’époque la
route n’empruntait pas le fond de la vallée de la Seine et l'ascension pour atteindre la ville
était difficile. La légende raconte qu'un moine nommé Siméon, venu du
désert du Sinaï, serait passé par Rouen vers 1027 transportant une relique : le doigt
d'une jeune martyre, Sainte-Catherine. Il aurait laissé là un fragment de cette relique
aux nombreuses vertus curatives. La position stratégique de l'abbaye fit aussi de cette colline
un des postes clés pour la défense de la ville au Moyen Âge. Disparue l'abbaye,
effondrées les murailles, oubliés les miracles mais la Côte Sainte Catherine
n'en demeure pas moins un endroit magique où il fait bon se promener.
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Naissance de la Normandie
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C'est vers 795 que les premières flottes des Vikings, poussés par la famine et le froid,
abordent les côtes de la Manche et remontent la Seine jusqu'à Paris, pillant et ravageant
tout ce qu'ils trouvent sur leur passage. Les "Normen", tels que la population appelle ces
hommes venus du nord, multiplient leurs exactions dans la région pendant plus d'un siècle.
La lutte est inégale, la France se compose de nombreuses seigneuries féodales rivales,
proies faciles car incapables de s'unir pour lutter contre la barbarie. Rouen est systématiquement
saccagée. Si, à force de détruire au fil des ans, le butin des pillards s'amenuise,
la population finit par s'organiser, résistant d'une manière plus efficace et rendant les
attaques plus difficiles, sans pour autant parvenir à les refouler définitivement. Nul
n'y trouve vraiment son compte. C'est alors que Charles III le Simple décide de négocier
avec Rollon, le chef Viking. Il lui offre la ville et les territoires alentours; en échange,
Rollon s'engage à protéger à son tour la région de toutes invasions futures.
Le traité est signé à Saint-Clair-sur-Epte, en 911, le duché de Normandie
est né, Rouen en devient la capitale.
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Recette Février 2006
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Le Poulet au cidre Normand
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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La révolte de Harelle
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Lorsque Charles VI, dit Charles le Fou, succède à son père, il n'a que douze ans.
Ses oncles, qui assurent la régence, s'empressent de rétablir un impôt très
impopulaire sur les denrées, supprimé par Charles V. La réponse ne se fait pas
attendre : si les parisiens se révoltent, les habitants de Rouen ne sont pas en reste.
Au mois de mai 1382, bourgeois et ouvriers descendent dans les rues. Quelques hommes déchaînés
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Rouen, la cathédrale de nuit
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se précipitent au beffroi et sonnent le tocsin. C'est une foule en délire qui rejoint le
groupe hurlant et scandant "Haro!", cri de guerre des ducs de Normandie qui permettait d'exiger que
justice soit rendue immédiatement - d'où le nom de "Harelle". Les prisons sont
attaquées et les criminels arrachés à leurs cellules sans ménagement puis
vient le tour de l'abbaye de Saint Ouen d’être saccagée. L'Abbé, pour échapper
à une mort certaine, doit s'engager à renoncer à ses droits sur la ville ainsi
qu’à ses privilèges. Les collecteurs d'impôts, eux, ne sont pas épargnés :
ils sont exécutés sans procès. Repoussés lorsqu'ils tentent
de s'attaquer au château, la fureur des révoltés est à son comble; le tocsin
raisonne inlassablement, excitant une populace avide de vengeance. C'est un véritable massacre
et un terrible affront au pouvoir royal. Les bourgeois vont payer très cher leur
désobéissance au pouvoir suprême.
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Le Beffroi, symbôle d'une liberté retrouvée
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L'armée pénétra dans Rouen avec, à sa tête, le jeune roi et ses oncles.
Condamnés à rendre
les armes et les chaînes grâce auxquelles les rues étaient fermées le soir,
les bourgeois perdirent ainsi le contrôle de leur ville. Ils durent indemniser les moines, payer une
lourde amende et, à leur grand désespoir,
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Rouen, avec ses maisons à colombages
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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la cloche rebelle, qui avait sonné le tocsin et prévenu la foule, fut descendue du beffroi
qui, lui, fut immédiatement démoli. Sept ans plus tard, l'affaiblissement du pouvoir royal
en raison de la démence du souverain, leur permit toutefois de recouvrer ces droits et de raffermir
leur position de riches commerçants influents. Ils saisissent cette opportunité pour tenter
de retrouver le symbôle de leur liberté : le beffroi et sa cloche. Ils demandèrent
au roi l'autorisation de construire une tour pour installer l'horloge de la ville. La requête
subtile fut accordée; très vite il ne fut plus question de tour de l'horloge mais bien
d’un beffroi. Près de dix ans furent pourtant nécessaire à sa reconstruction, faute
de moyens. A la grande joie des habitants, Maître Jehan de Felains parvint à mettre en place
le mécanisme de l'horloge qui sonna les heures pour la première fois pour le Carême,
en 1390. Il devint gouverneur de l'Horloge et son épouse reçut la mission très
officielle de veiller sur l'Horloge et de la remonter chaque semaine. Il fallut néanmoins
attendre soixante ans pour que la cloche, la "Rouvel", retrouve sa place dans la tour.
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Le Gros Horloge
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Avec le temps, tout semblait rentré dans l'ordre : les bourgeois commerçants continuaient
de s'enrichir, le nouveau beffroi se dressait fièrement, la "Rouvel" avait enfin retrouvé
sa place dans la tour
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Rouen, le Gros Horloge
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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et l'horloge continuait de marquer les heures. Mais au début du XVIème siècle, la
Porte Massacre qui soutenait l'horloge menaça de s'effondrer. Elle fut remplacée par une
magnifique arche Renaissance et la vieille horloge fut enfin dotée de cadrans. Cinq siècles
plus tard, si un dôme recouvert de plomb a remplacé la flèche de bois au sommet du
beffroi, c'est toujours la même horloge que l'on peut admirer. Une horloge avec une seule aiguille,
celle qui marque les heures. À l'époque, il fallait cinq jours pour aller de Rouen à Paris.
Il était donc inutile de s'encombrer des minutes. Une boule, mi-noire, mi-argent, indique les
phases de la lune, souvent ignorées aujourd'hui mais si essentielles dans la France agricole du
Moyen âge. Au bas du cadran, on peut deviner des représentations divines de l'Antiquité,
la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Venus, Saturne et Apollon, dieu du Soleil. C'est un semainier, bien
utile pour repérer les jours de la semaine à une éépoque où une grande
majorité de la population ne savait pas lire. Le Gros Horloge sépare en deux la rue
la plus célèbre de Rouen, une rue au charme désuet où il fait si bon se
promener.
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La cathédrale |
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A l'origine, comme toutes les autres, la cathédrale de Rouen était constituée d'un
ensemble d'églises et de bâtiments annexes. Comme Notre Dame de Paris, Reims, Chartres ou
Amiens, elle fait partie des plus belles réalisations de l'art gothique français. Mais
d'une certaine façon la comparaison s'arrête là... car la cathédrale de Rouen reste
incontestablement unique. Unique grâce à l'infinie variété de son architecture;
unique grâce à sa situation géographique : blottie au cœur de la ville sur un parvis
relativement petit, elle se dévoile au promeneur pudiquement. Elle n'a ainsi rien perdu de son
charme d'antan. Unique par l'originalité de ses deux tours. La tour Saint Romain, à gauche,
de style gothique primitif est la plus ancienne. A droite, la Tour de Beurre, ainsi nommée parce
que sa construction avait été financée grâce à l'aumône que
devaient verser les riches bourgeois de la ville. Ils avaient été ainsi autorisés
à "faire gras" durant le Carême, c'est-à-dire à manger du beurre et boire du lait,
à condition de ne pas manquer de racheter ce péché de gourmandise. Unique enfin
par la hauteur de sa flèche en fonte de cent cinquante et un mètres de haut, ce qui fait d'elle
la plus haute cathédrale de France. Unique et magnifique !
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La Tour Jeanne D'Arc
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Cette grosse tour ronde et simple est bien plus que le seul vestige d'un château fort
que Philippe Auguste fit construire en 1207 après avoir pris la ville de Rouen et
rattaché la Normandie au Royaume de France.
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Rouen et sa Tour Jeanne d'Arc
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Elle nous rappelle le terrible martyre de Jeanne d'Arc, emprisonnée et torturée. Lorsque
la guerre de Cent Ans est déclarée entre Anglais et Français au quatorzième
siècle, les Rouennais sont très partagés. Depuis des décennies, Rouen est
une ville prospère grâce à sa situation géographique et à son commerce
Outre-Manche. Lorsque Jeanne d'Arc arrive à Rouen vers Noël 1430, la plupart des habitants n'ont
jamais entendu parlé de la jeune fille. Une parodie de jugement se fait dans le plus grand secret
à l'intérieur du château. Le destin de Jeanne est de toute façon scellé
d'avance et sa condamnation à mourir dans les flammes, comme toutes les sorcières, est
irrémédiable. Le 30 mai 1431, c'est une foule horrifiée devant l'ignominie d'un tel
supplice qui est présente Place du Vieux-Marché à Rouen. A compter de ce jour, la
France va changer, les Anglais seront finalement boutés hors du pays, mais on peut dire que pour
la première fois un véritable sentiment d'unité patriotique est né. La jeune
fille s'est sacrifiée pour l'amour d'un pays auquel elle croyait, ses prières ont
été entendues. C'était il y a longtemps...
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Invitation au voyage... |
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Ville dynamique et prospère, Rouen possède tous les atouts, elle a toutefois su
préserver tout le charme d'une époque pourtant révolue. Les plus grands auteurs
y sont nés : Pierre Corneille, si pauvre qu'il devait allait à Paris à pied pour
faire connaître ses tragédies, Gustave Flaubert, qu'un fait divers local avait inspiré
pour écrire un roman qui fit scandale à l'époque "Madame Bovary". D'autres
découvrirent la ville et furent séduits : Victor Hugo écrivait à son
épouse : "J'ai vu Rouen. Dis à Boulanger que j'ai vu Rouen. Il comprendra
tout ce qu'il y a dans ce mot (...). J'ai vu tout". D'autres y laissèrent leur cœur, comme
celui de Richard Cœur de Lion qui repose toujours dans la cathédrale. Vous aussi, si vous
avez la chance, un jour prochain, de vous promener autour de la cathédrale, de passer sous
l'arche du Gros Horloge, d'arpenter les ruelles si étroites quelquefois que les maisons à
colombages semblent se toucher, vous serez conquis et laisserez probablement une partie de
votre âme pour toujours dans "la ville aux vieilles rues, aux vieilles tours ...la ville
aux cent clochers carillonnant dans l'air..." comme l’écrivait Victor Hugo.
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