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onjour!
nous avons tant aimé cette magnifique place des Vosges dont nous vous avons
contée l'histoire le mois dernier que nous n'avons pu résister à
la tentation de poursuivre notre découverte de ce pittoresque et charmant quartier
parisien du Marais. En dotant Paris d'une place royale digne d'une capitale au rayonnement
international, c'est tout un quartier qui, grâce au roi Henri IV, allait prendre vie et de
nombreuses personnalités illustres allaient y voir le jour ou s'y installer. Certaines
tombèrent dans l'oubli, mais d'autres, soit par leur originalité, leur talent
ou leur destin tragique, sont restés dans l'histoire à tout jamais.
Avant de continuer votre lecture, nous vous rappelons que vous pouvez lire les lettres d'information
déjà publiées à http://www.francemonthly.com/. Un lien vers la version française existe
en bas de chaque document que vous pourrez consulter en anglais.
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Le bal des Ardents
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Le 29 janvier 1393 une des dames d'honneur de la reine Isabeau de Bavière se
marie pour la troisième fois. Tout au long de la journée, la fête
se déroule merveilleusement bien à l'hôtel Saint Pol, la résidence
royale. A la cérémonie succède le banquet, puis un bal est donné
en l'honneur des nouveaux époux. C'est alors qu'en plein milieu de la fête six
hommes déguisés en sauvages surgissent dansant et poussant des cris de bêtes.
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Place des Vosges en hiver
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Tout d'abord surpris, les convives sourient de ce "charivari", tradition festive
incontournable de l'époque et s'amusent à reconnaître les intrus.
C'est plutôt drôle jusqu'à ce que le duc d'Orléans, frère
du roi, s'approche du groupe une torche à la main. En une fraction de seconde les
vêtements enduits de résine et de goudron s'enflamment. Des cinq hommes
enchainés les uns aux autres, un seul parvient à se dégager et se
jette dans un bac rempli d'eau de vaisselle pour éteindre le feu dont il est la
proie. Les quatre autres moins heureux meurent dans d'atroces souffrances. Par chance, le
sixième qui n'était pas attaché est sauvé par la duchesse du Barry
qui n'hésite pas à soulever ses jupons pour étouffer les flammes. Lorsque
l'on enlève le masque du miraculé, l'assistance découvre avec stupeur qu'il
s'agit du roi Charles VI en personne. Le souverain, dont l'esprit était déjà
fragile, sombra dans une folie profonde à la suite de ce tragique épisode.
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L'Hôtel de Sully
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Au 62 de la rue Saint Antoine il est un magnifique hôtel particulier aux façades
richement décorées de sculptures allégoriques. On y entre par une cour
d'honneur dont l'accès autrefois se faisait en carrosse. De l'autre côté,
un joli jardin offre un accès direct sur la Place Royale (future Place des Vosges).
La demeure était dotée d'une immense orangerie dans laquelle en hiver on
entreposait les plantes exotiques très en vogue au XVIIème afin de les
protéger du froid. Lorsque le très riche marquis de Béthune et duc de Sully
acheta la demeure en 1634, il venait de se remarier. Il avait alors à peine soixante
quatorze ans et son épouse tout juste vingt. Dans l'immense sagesse que lui conférait
probablement son grand âge, il sut se montrer extrêmement compréhensif. Bien
incapable d'interdire à son épouse de jouir de la vie autant que sa beauté
et sa jeunesse le lui permettaient,il fit contre mauvaise fortune amoureuse bon cœur, mais ne
manqua jamais de préciser à la jeune femme lorsqu'il lui donnait de l'argent :
"Madame, voici pour vous, pour la maison et pour vos amants". En faisant agrandir la demeure,
il avait néanmoins fait ajouter un escalier afin d'être certain de ne jamais
croiser les jeunes impudents qui lui rappelaient probablement les temps révolus où
lui aussi intéressait les jeunes filles. Cet hôtel particulier abrite aujourd'hui
la direction des monuments historiques.
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Recette janvier 2009
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Magrets de Canard sauce orange
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Cooking SOS!
Si vous avez des problèmes pour préparer cette recette, envoyez un email à
Chef@FranceMonthly.com
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"Catheau la Borgnesse"
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Catherine Bélier fait partie de ces nombreuses femmes du Marais au destin exceptionnel.
Femme de chambre et confidente de la reine Anne d'Autriche, elle sut rendre un immense
service à sa souveraine et en fut largement récompensée. En effet,
très inquiète de voir que son fils, futur Louis XIV, alors êgé de
seize ans ne s'intéressait pas du tout aux demoiselles, la reine demanda à sa
suivante d'apprendre les "rudiments" de la vie au jeune garçon. L'histoire ne dit pas
si Catherine se réjouit ou non de cette mission.
Il n'en demeure pas moins que bien que petite, boulotte et borgne, elle dut y mettre
beaucoup d'application car le jeune roi, fort reconnaissant, et la reine-mère
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Hôtel de Beauvais dans Le Marais
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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tout-à-fait rassurée, lui offrirent une splendide demeure située
au 68 de la rue François Miron et une rente à vie sans oublier le titre de
comte à son époux. A défaut d'un physique agréable, elle se
montra visiblement fort habile et surtout ne trahit jamais les secrets de la cour ce qui
lui valut une éternelle reconnaissance de la famille royale. Quelques années
plus tard, c'est dans cette magnifique demeure que le jeune prodige Mozart, alors
âgé de sept ans et en tournée avec son père, logea pendant
quelques mois. Aujourd'hui la bâtisse abrite la Cour d'Appel de Paris et je vous
invite à franchir le portail pour y découvrir une cour absolument splendide,
et pourquoi ne pas gravir le magnifique escalier pour assister aux audiences publiques des
procès en cours.
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L'Hôtel Carnavalet
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Madame Françoise de la Baume-Montrevel, veuve de François Kernevenoy, gentilhomme
breton, fut une des premiers propriétaires de ce magnifique hôtel situé au
23 de la rue Sévigné, en 1578.
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Hôtel Carnavalet, Le Marais
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Les parisiens trouvant probablement le nom de Kernevenoy bien trop compliqué
à prononcer le transformèrent au fil du temps en Carnavalet, nom qu'il
conserve encore à ce jour. Propriétaires et locataires se succédèrent.
Une des plus illustres fut probablement Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné.
Marie de Rabutin-Chantal est née le 5 février 1626 au # 1 de la Place Royale.
A l'exception de quelques séjours à la campagne, elle demeura toujours dans
le quartier du Marais qu'elle affectionnait tout particulièrement. Sa résidence
préférée fut celle qu'elle occupa les dix huit dernières années
de sa vie, l'hôtel de Carnavalet. En 1866, la ville de Paris acheta ce magnifique hôtel
Renaissance pour le transformer en ce qu'il est aujourd'hui, un musée extraordinaire,
cent quarante pièces à parcourir -toutes plus splendides les unes que les autres-
dans lesquelles toute l'histoire de Paris, depuis ses origines jusqu'à nos jours,
est retracée. Un musée permanent gratuit, une visite à ne manquer sous aucun
prétexte.
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Une statue à la mode
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La magnifique statue de Louis XIV qui trône au milieu de la cour de l'hôtel
Carnavalet mérite que l'on s'y arrête car son parcours fut assez rocambolesque.
Elle fut tout d'abord offerte et érigée dans la Cour de l'Hôtel de Ville
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Statue de Louis XIV
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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en 1689 par des parisiens reconnaissants envers leur roi après qu'il eût
accepté de leur rendre visite, lui qui détestait la capitale. Cent ans plus
tard, les révolutionnaires la réclamèrent pour en faire fondre le
bronze et fabriquer des boulets de canon, les Parisiens refusèrent catégoriquement
de la leur remettre. 1871, c'est la Commune. Autre époque et autre révolte, Paris
brûle : les Tuileries, le Palais de Justice, le Quai d'Orsay et l'Hôtel de Ville.
Comme par miracle, la statue échappa aux flammes. Elle fut transportée à
Carnavalet vingt ans plus tard et c'est ainsi que l'on peut admirer cette sculpture quelque peu
insolite d'un roi portant fièrement l'habit romain et une perruque. L'habit romain est
la façon dont on revêtait les grands hommes à qui l'on voulait rendre hommage.
Grand homme, Louis XIV l'était probablement par les idées, mais pas par la taille. Il
mesurait en effet tout juste 1m60. Alors, pour compenser sa petite taille, il décida
de porter perruques et talons hauts. Pour plaire au roi, les courtisans s'affublèrent
eux aussi de perruques et se brisèrent les pieds dans des chaussures à talon ! C'est
donc ainsi que la mode fut lancée. En réalité, elle disparut avec Louis XV et
Louis XVI qui, beaucoup plus grands, n'avaient nul besoin de ces artifices.
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Le temps des femmes |
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Marie de Rabutin-Chantal épouse le marquis de Sévigné à l'âge
de dix huit ans. Le jeune homme aime trop les femmes pour apporter à sa jeune épouse
le bonheur dont peut rêver une jeune fille. Alors lorsqu'il est tué en duel pour les
beaux yeux d'une de ses maitresses, le chagrin de la marquise est de courte durée. La
marquise de Sévigné est une femme de son époque. En effet, dans cette France
enfin en paix souffle un grand vent d'émancipation féminine. Les temps changent,
les femmes en quête de liberté peuvent et veulent enfin aspirer à plus de douceur,
plus de légèreté. Elles sont à l'origine des nombreux salons
littéraires qui se créent et dans lesquels on se réunit pour échanger
des idées, mais surtout pour le plaisir de bien parler, de jouer avec les mots, de rechercher
la beauté et le raffinement. Une riche correspondance se met en place entre Paris et les
anciens frondeurs en exil dans leurs châteaux provinciaux. Tous les événements sont
relatés et les modes décrites avec moult détails car on sait que ces
échanges épistolaires seront lus et commentés dans les salons à la mode
du Marais. Les femmes jouent un rôle considérable dans le développement de ce
nouvel art de la conversation et de la correspondance. Madame de Sévigné est certainement
la plus illustre et la plus douée de ces femmes modernes.
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La fin d'une époque
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Au début du XVIIème, si l'on était aristocrate, c'est dans le quartier
du Marais qu'il fallait demeurer. Près de trois cents hôtels particuliers, tous
plus splendides les uns que les autres, furent ainsi peu à peu édifiés.
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Hôtel particulier, place des Vosges
(Cliquer sur la photo pour l'agrandir)
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Les grandes heures du Marais durèrent jusqu'à ce que Louis XIV choisisse de
se faire construire un somptueux palais à Versailles. Tous les courtisans suivirent
le roi, abandonnant le quartier sans hésitation car l'essentiel était de rester
près du Soleil. La construction du Pont Royal en 1689 contribua également au
déclin du Marais car les membres de la noblesse et de la haute bourgeoisie
n'hésitèrent pas à l'enjamber pour aller s'installer dans le tout nouveau q
uartier très chic de Paris, le faubourg Saint-Germain, lui aussi plus proche de Versailles.
A la Révolution, la plupart des splendides hôtels particuliers furent transformés
en "immeubles de rapports". Les pièces furent alors divisées pour créer des
appartements désormais loués aux citoyens parisiens. Malheureusement inconscients
de la richesse du patrimoine qui les entourait, les nouveaux locataires détruisirent
souvent les délicates boiseries, les splendides peintures et sculptures dont leurs nouveaux
logis étaient parés.
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Invitation au voyage... |
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Si c'est un vrai plaisir de pénétrer dans les hôtels particuliers
merveilleusement restaurés qui ouvrent aujourd'hui leurs portes aux visiteurs, le
quartier ne se résume pas à ces magnifiques demeures, témoins d'un
passé prestigieux. Le Marais est aussi un quartier charmant formé d'une
succession de ruelles percées à l'emplacement des vieilles pistes celtiques
qui longeaient les marécages ou les anciennes voies romaines sans véritable
plan d'urbanisation. Le Marais est avant tout un village dans la grande ville où
il fait vraiment très bon se promener.
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